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Victor Hugo - L'Année terrible
Fût telle que la boue elle-même en eût honte, Et que César, flairé des chiens avec dégoût, Donnât, en y tombant, la nausée à l'égout.
IV
Azincourt est riant. Désormais Ramillies, Trafalgar, plaisent presque à nos mélancolies; Poitiers n'est plus le deuil, Blenheim n'est plus l'affront, Crécy n'est plus le champ où l'on baisse le front, Le noir Rosbach nous fait l'effet d'une victoire. France, voici le lieu hideux de ton histoire, Sedan. Ce nom funèbre, où tout vient s'éclipser, Crache-le, pour ne plus jamais le prononcer.
V
Plaine! affreux rendez-vous! Ils y sont, nous y sommes.
Deux vivantes forêts, faites de têtes d'hommes, De bras, de pieds, de voix, de glaives, de fureur, Marchent l'une sur l'autre et se mêlent. Horreur! Cris! Est-ce le canon ? sont-ce des catapultes ? Le sépulcre sur terre a parfois des tumultes, Nous appelons cela hauts faits, exploits; tout fuit, Tout s'écroule, et le ver dresse la tête au bruit. Des condamnations sont par les rois jetées Et sont par l'homme, hélas! sur l'homme exécutées; Avoir tué son frère est le laurier qu'on a. Après Pharsale, après Hastings, après Iéna, Tout est chez l'un triomphe et chez l'autre décombre. O Guerre! le hasard passe sur un char d'ombre Par d'effrayants chevaux invisibles traîné.
La lutte était farouche. Un carnage effréné Donnait aux combattants des prunelles de braise; Le fusil Chassepot bravait le fusil Dreyse; A l'horizon hurlaient des méduses, grinçant Dans un obscur nuage éclaboussé de sang, Couleuvrines d'acier, bombardes, mitrailleuses; Les corbeaux se montraient de loin ces travailleuses; Tout festin est charnier, tout massacre est banquet. La rage emplissait l'ombre, et se communiquait, Comme si la nature entrait dans la bataille, De l'homme qui frémit à l'arbre qui tressaille; Le champ fatal semblait lui-même forcené.
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