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Victor Hugo - L'Année terrible

Je crois au droit d'asile, au peuple, au Dieu clément!
Le clergé s'épouvante et le sénat frissonne.

Horreur! quoi! j'ai pour loi de n'égorger personne!

Quoi! cet homme n'est pas aux vengeances fougueux!

Il n'a point de colère et de haine, ce gueux!

Oui, l'accusation, je le confesse, est vraie.

Je voudrais dans le blé ne sarcler que l'ivraie;

Je préfère à la foudre un rayon dans le ciel;

Pour moi la plaie est mal guérie avec du fiel,

Et la fraternité c'est la grande justice.

C'est à qui détruira; j'aime mieux qu'on bâtisse.

Pour moi la charité vaut toutes les vertus;

Ceux que puissants on blesse, on les panse abattus;

La pitié dans l'abîme où l'on souffre m'entraîne,

Et j'ai cette servante adorable pour reine;

Je tâche de comprendre afin de pardonner;

Je veux qu'on examine avant d'exterminer;

Un feu de peloton pour résoudre un problème

Me déplaît. Fusiller un petit garçon blême,

A quoi bon ? Je voudrais qu'à l'école on l'admît,

Hélas! et qu'il vécût! - Là-dessus on frémit.

Ces opinions-là jamais ne se tolèrent!

« Et, pour comble d'effroi, les animaux parlèrent [Delille, Géorgiques: Pecudesque locutae] »

Un monsieur Ribeaucourt m'appelle individu.

Autre preuve. Une nuit, vers mon toit éperdu,
Une horde, poussant des hurlements infâmes,

Accourt, et deux enfants tout petits, quatre femmes,

Sous les pierres, les cris de mort, l'horreur, l'effroi,

Se réveillent... - Qui donc est le bandit ? C'est moi.

Certes!

Le jour d'après, devant mon seuil éparse,
Une foule en gants blancs vient rire de la farce,

En criant: - C'est trop peu! Qu'on rase la maison!

Qu'on y mette le feu! - Cette foule a raison.

Il faut tuer celui qui ne veut pas qu'on tue;

C'est juste. Le bon ordre exige une battue

Contre cet assassin plus noir qu'il n'en a l'air;

Et puisqu'on veut brûler ma maison, il est clair

Que j'ai brûlé le Louvre; et je suis l'étincelle

Qui dévore Paris en restant à Bruxelle.

Honneur à Mouravief et gloire à Galifet!

On me lapide et l'on m'exile. C'est bien fait.

O beauté de l'aurore! ô majesté de l'astre!

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