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Victor Hugo - L'Année terrible
Quand la comète tombe au puits des nuits, du moins A-t-elle en s'éteignant les soleils pour témoins; Satan précipité demeure grandiose, Son écrasement garde un air d'apothéose; Et sur un fier destin, farouche vision, La haute catastrophe est un dernier rayon. Bonaparte jadis était tombé; son crime, Immense, n'avait pas déshonoré l'abîme; Dieu l'avait rejeté, mais sur ce grand rejet Quelque chose de vaste et d'altier surnageait; Le côté de clarté cachait le côté d'ombre; De sorte que la gloire aimait cet homme sombre, Et que la conscience humaine avait un fond De doute sur le mal que les colosses font.
Il est mauvais qu'on mette un crime dans un temple, Et Dieu vit qu'il fallait recommencer l'exemple.
Lorsqu'un titan larron a gravi les sommets, Tout voleur l'y veut suivre; or il faut désormais Que Sbrigani ne puisse imiter Prométhée; Il est temps que la terre apprenne épouvantée A quel point le petit peut dépasser le grand, Comment un ruisseau vil est pire qu'un torrent, Et de quelles stupeurs la main du sort est pleine, Même après Waterloo, même après Sainte-Hélène! Dieu veut des astres noirs empêcher le lever. Comme il était utile et juste d'achever Brumaire et ce Décembre encor couvert de voiles Par une éclaboussure allant jusqu'aux étoiles Et jusqu'aux souvenirs énormes d'autrefois, Comme il faut au plateau jeter le dernier poids, Celui qui pèse tout voulut montrer au monde, Après la grande fin, l'écroulement immonde, Pour que le genre humain reçût une leçon, Pour qu'il eût le mépris ayant eu le frisson, Pour qu'après l'épopée on eût la parodie, Et pour que nous vissions ce qu'une tragédie Peut contenir d'horreur, de cendre et de néant Quand c'est un nain qui fait la chute d'un géant.
Cet homme étant le crime, il était nécessaire Que tout le misérable eût toute la misère, Et qu'il eût à jamais le deuil pour piédestal; Il fallait que la fin de cet escroc fatal Par qui le guet-apens jusqu'à l'empire monte
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