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Victor Hugo - L'Âne
Comment ils ont changé la pensée en lanière Et l'idée en férule, et de quelle manière Ces malheureux m'ont fait, sous un monstrueux tas D'Eusèbes, de Sophrons, de Blastus, d'Architas, D'Ossa plus Pélion, d'Anthume plus Orose, De petit ânon leste immense âne morose! Livres! qui, compulsés, adorés, vermoulus, Sans cesse envahissant l'homme de plus en plus, De la table des temps épuisez les rallonges, D'où sortent des lueurs, des visions, des songes, Et des mains que les morts mettent sur les vivants, Codes des sanhédrins, oracles des divans, Textes graves, ardus, austères, difficiles, Appendices fameux des siècles, codicilles Du testament de l'homme à chaque âge récrit, Dont le vélin fait peur quand le temps le flétrit, Comme si l'on voyait vieillissante et ridée La face vénérable et chaste de l'idée; Vous qui faites, sous l'oeil du chercheur feuilletant, Un bruit si solennel qu'il semble qu'on entend Le grand chuchotement de l'Inconnu dans l'ombre, Volumes sacrosaints que l'institut dénombre, Qui jusqu'en Chine allez emplir de vos rayons Ce collège appelé Forêt-de-Crayons, Résidus de l'effort terrestre, où s'accumule Le chiffre dont le sphinx compose la formule, Des hommes lumineux prodigieux produit, Oh! comme vous m'avez obscurci, moi la nuit! Oh! comme vous m'avez embêté, moi la bête!
Quel délire m'a pris d'aller sur votre faîte Brouter l'ortie humaine, hélas, et de tenter Votre viol funèbre, et de vous convoiter, Livres qui pour consigne avez cette sentence: - Garder Isis; tenir les brutes à distance, - Qui défendez, afin que tout reste normal, Le passage sacré de l'homme à l'animal, Ô phédons, ô talmuds, ô korans, dont les piles Du sombre esprit humain gardent les Thermopyles!
Ô volumes, j'ai fait le grand noviciat; Je suis plus lourd qu'Accurse et plus sain qu'Alciat; Triste, j'ai digéré la docte baliverne; J'ai, du matin au soir, en classe, dans l'Averne, Fait des auteurs latins le patient blocus; J'ai remué, suivant le conseil de Flaccus,
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