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Victor Hugo - L'Âne
De tous les vils setiers suivis par les moutons, De tous les oeufs cassés, de tous les vieux bâtons D'aveugles, grands, petits, inconnus et célèbres, De tous les brouillards pris à toutes les ténèbres, Et de tous les fumiers pris à tous les marais, Une collection que j'intitulerais: Exposé général de la science humaine.
L'âne, ayant un peu brait, termina:
- Je m'emmène! Ô Kant! je redescends, avide d'ignorer!
J'étouffe! oh! respirer! respirer! respirer! Mon oeil est devenu trouble, nocturne et triste Dans ces caves qu'emplit le jour séminariste. J'ai des tiraillements d'estomac. Mais ce n'est Ni des textes que prend Trigaud sous son bonnet, Ni de tout ce chaos qu'un cuistre en sa mémoire Fourre comme on emplit de loques une armoire, Ce n'est point du fouillis, ce n'est point du fatras Qui fit Siffret jadis si grand pour Carpentras, Ce n'est point d'antiquaille et de pédagogie, Ce n'est pas du savoir que dans sa docte orgie Mange le jésuite ou le génovéfain, C'est de vie et d'azur et d'aube que j'ai faim! Je me sens sur la peau, de là ma pauvre mine, Une démangeaison de savante vermine, Grassi, de Galilée odieux puceron, Garasse, ce moustique immonde de Charron, Et Dasipodius, cet acarus d'Euclide. Es-tu pour le fluide? es-tu pour le solide? Tiens-tu pour l'idéal? tiens-tu pour le réel? Acceptes-tu Moïse, Hermès ou Gabriel? À quel Dieu remets-tu ton âme ou ta machine? Est-ce au Brahma de l'Inde? est-ce au Tien de la Chine? Es-tu pour Jupiter, pour Odin, pour Vichnou, Pour Allah? Laissez-moi tranquille. Je suis fou. Je m'évade à jamais de la science ingrate. Il est temps que, rentrant dans le vrai, je me gratte L'échine aux bons cailloux du vieux globe éternel. Je vois le bout vivant du funèbre tunnel, Et j'y cours. J'aperçois, à travers les fumées, Là-bas, ô Kant, un pré plein d'herbes embaumées, Tout brillant de l'écrin de l'aube répandu, De la sauge, du thym par l'abeille mordu,
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