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Victor Hugo - L'Âne
Toujours à sec au fond des problèmes funèbres, Comme si quelque ivrogne effrayant des ténèbres Vidait ce verre sombre aussitôt qu'il s'emplit.
Ô vain travail! science, ignorance, conflit! Noir spectacle! un chaos auquel l'aurore assiste! L'effort toujours sans but, et l'homme toujours triste De ce qu'est le sommet auquel il est monté, Comparant sa chimère à la réalité, Fou de ce qu'il rêvait, pâle de ce qu'il trouvait!
XI. TRISTESSE FINALE
L'âne continua, car la nature approuve Ce couple, âne parlant, philosophe écoutant:
Tu vois un être grave, imposant, important, Un âne sérieux, complet, bon pour tout lire, Un docteur, Kant, c'est vrai, je sais tout, c'est-à-dire Je suis à la fois juif, parsi, turc, arien. J'entends dans mon cerveau bourdonner en tumulte Le blanc, le noir, amen, raca, la foi, l'insulte, Genève, Rome, Alcuin d'où sort Calvin, oui, non, Cujas en droit civil, Flandrin en droit canon, L'histoire aux pieds des rois, cette prostituée, L'abac et l'alphabet, et toute la nuée Des érudits poussifs et des rhéteurs fourbus Depuis Sabbathius jusqu'à Molaribus! Le fait d'hier s'y heurte à la chronique ancienne, Henri de Gand s'y croise avec Sixte de Sienne; Et je ne comprends rien à tout ce morne bruit Sinon qu'ayant cherché le jour, je vois la nuit. Du reste il est certain que, dans cette ombre noire Qui sort de l'encre horrible et qu'on nomme grimoire, À travers ces bouquins où l'homme est si petit, C'est à moi qu'au total la science aboutit, Car, à ce blême jour dont la lueur avare Joint le docteur d'Oxford au docteur de Navarre, J'ai vu de toutes parts, sur les vieux parchemins, L'ombre de mon profil tomber des fronts humains. Adieu, sorbonnes, bancs, temples, autels, boutiques! Adieu le grand dortoir des préjugés antiques Côte à côte assoupis sur leurs brumeux chevets! Scholastiques du vide, adieu! - Kant, si j'avais Le loisir d'aspirer à quelque académie, Je ferais, de toute ombre et de toute momie,
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