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Victor Hugo - L'Âne
Pour te tirer d'affaire étant si misérable, Devant l'inaccessible et dans l'impénétrable, Devant l'éblouissant et splendide secret, Pour être quelque chose et compter, il faudrait Être saint, être pur, intègre avec l'abîme, Offrir à l'absolu l'attention sublime, Et savoir distinguer la véritable voix; Il faudrait s'écrier: J'aime, je veux, je crois! Sur l'énigme en travers de ton destin posée Ce ne serait pas trop de faire une pesée Avec toute ta force et toute ta vertu; Il ne faudrait pas être inepte, ingrat, têtu; Recevoir du bedeau qui sur vos berceaux veille Une éducation annulante et pareille À celle qu'aux matous font les tondeurs du quai, Être un esprit métis, être un lion manqué Qu'un cuistre abâtardit, qu'un marguillier mâtine; Hélas! il ne faudrait pas être la routine, Sourde, engrenant, toujours avec le même ennui, Aujourd'hui dans hier, demain dans aujourd'hui; Il ne faudrait pas croire aux empiriques, vivre Comme le chien, ayant pour grand talent de suivre; Te repaître d'exploits, de combats, d'échafauds, D'esclavages, de verbe obscur, de savoir faux; T'en aller digérer bêtement dans ton gîte Tout ce qu'un sacristain de force t'ingurgite; Te plaire dans l'absurde et t'y dénaturer; Opprimer l'homme utile, - éclatant, l'abhorrer; Et le servir méchant, et l'admirer vulgaire; Il ne faudrait pas faire à tes flambeaux la guerre, Adorer tes bandeaux, tes jougs; haïr tes yeux; Être l'adulateur en étant l'envieux; Et, lâche, appartenir aux deux puissances viles, Par un point aux Nérons et par l'autre aux Zoïles.
Ce monde est un brouillard, presque un rêve; et comment Trouver la certitude en ce gouffre où tout ment? Oui, Kant, après un long acharnement d'étude, Quand vous avez enfin un peu de plénitude, Un résultat quelconque à grands frais obtenu, Vous vous sentez vider par quelqu'un d'inconnu. Le mystère, l'énigme, aucune chose sûre, Voilà ce qui vous boit la pensée, à mesure Que la science y verse un élément nouveau; Et vous vous retrouvez avec votre cerveau
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