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Victor Hugo - L'Âne
Derrière toute cime on trouve d'autres cimes.
La présence invisible et sensible de Dieu, L'influence de l'ombre, à toute heure, en tout lieu, Certaine, incorruptible, inexprimable, occulte, Dérange ton calcul, ton optique, ton culte, Ta morale, tes lois, ton doute, et par instant Te pousse dans le rêve autour de toi flottant, Et te fait osciller et perdre l'équilibre; Tu te sens garrotté tout aussi bien que libre; Comment dire: La vie est cela; la vertu Est cela; le malheur est ceci; - qu'en sais-tu? Où sont tes poids? Comment peser des phénomènes Dont les deux bouts s'en vont bien loin des mains humaines, Perdus, l'un dans la nuit et l'autre dans le jour? Avec quel diagraphe en prendre le contour Et la dimension, n'ayant, dans ta masure, Ni le mètre réel, ni l'exacte mesure? Qu'est le bien? qu'est le mal? Tel fait est constaté; Soit; il faut maintenant voir l'autre extrémité; Où donc est-elle? Allez la chercher dans les sphères. Toutes les questions sont d'obscures affaires Que tu te fais avec les cieux illuminés; Le grand Tout intervient, toujours, partout; prenez L'existence la plus misérable, n'importe! L'énigme de moi l'âne ou de toi le cloporte; Qu'on la presse, on la voit subitement grandir Et pendre du zénith ou monter du nadir. Rien n'est indifférent au gouffre; le blasphème Qu'on jette au firmament tombe dans le problème; Qui sait si l'on n'a pas blessé quelque rayon? Mettre un pied sur un ver est une question; Ce ver ne tient-il pas à Dieu? La sauterelle Qu'il écrase en marchant fait songer Marc-Aurèle; Sur un moucheron mort Pascal est accoudé. Quel est le point connu, clair, épuisé, vidé? Que sais-tu? Que veux-tu décidément conclure? L'ombre fouette ta face avec sa chevelure, Et, t'effarant avec le ciel prodigieux, T'aveugle en te jetant les soleils dans les yeux; Il te suffit un soir, fusses-tu Prométhée, Ou Timon l'androphobe ou Constantin l'athée, De voir les globes d'or au fond des noirs azurs Flamboyer, affirmant le fait dont ils sont sûrs, Pour que, devant l'horreur constellée et sereine, Un éblouissement pontifical te prenne;
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