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Victor Hugo - L'Âne
Si bien que tu ne sais, dans ton hébétement, Si tu vois Demain poindre au bas du firmament Ou d'Hier qui revient la noire silhouette, Si c'est l'affreux hibou qui chante, ou l'alouette, Et si le mouvement que tu fais en rêvant Te ramène en arrière ou te pousse en avant. Ta science te rend stupide, non sans peine. Ô leurre! la clef fausse ouvre la porte vaine; Ta pensée est une ombre où tu restes béant.
Oui, chez toi tout, hélas, arrive à du néant, La chimère au calcul, le fait à l'hypothèse, Ce qu'il faut qu'on proclame à ce qu'il faut qu'on taise, Le silence à l'ennui, la parole au bâillon, La pourpre d'Aspasie ou d'Auguste au haillon, La vie au noir cercueil, la plume à l'écritoire, Les chiffres au zéro, les lettres à la gloire, Et le savant au prêtre et le prêtre au savant. Qu'est-ce donc que tu mouds, réponds, moulin à vent? Ta sagesse te fait castrat et te mutile. L'homme, c'est l'impuissant fécondant l'inutile.
X. RÉACTION DE LA CRÉATION SUR L'HOMME
L'âne fit un silence, et, murmurant: - Voilà! C'est ainsi. Je n'y puis que faire! - il grommela:
Se contredire un peu, Kant, c'est le droit des gloses; Quand on veut tout peser, on rencontre des choses Qui semblent l'opposé de ce qu'on avait dit; Non aux basques de Oui toujours se suspendit, Riant de la logique et narguant les méthodes; Qui tourne autour d'un monde arrive aux antipodes; Kant, je n'userai point de ce droit; seulement Après t'avoir montré les hommes blasphémant, Niant, méconnaissant et méprisant la Chose, Cet océan où l'Être insondable repose, Il faut bien te montrer la Chose enveloppant Les hommes submergés dans Dieu qui se répand Et qui sur eux se verse et qui se verse encore, Tantôt en flots de nuit, tantôt en flots d'aurore; Après t'avoir montré l'atome outrageant Tout, Il faut bien te montrer la grande ombre debout.
Homme, ce monde est vaste, obscur, crépusculaire; L'immuable l'habite et l'imprévu l'éclaire;
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