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Victor Hugo - L'Âne
Ah! oui, pardieu! vertu, morale, honneur, justice! Qu'un grand forfait triomphe, on lui baise l'orteil. Ta conscience bâille et tombe de sommeil, La lueur du vrai tremble en sa terne prunelle, Je te plains si tu n'as que cette sentinelle. L'homme est guidé du faux au vrai, du blanc au noir, Par le mot intérêt qu'il prononce devoir. Toute action humaine est signée: Égoïste.
Je me résume, ô Kant, l'homme est triste. Il n'existe Qu'un mérite ici-bas, c'est d'être riche; il n'est Qu'un esprit, et qui rend charmant le plus benêt, C'est d'être riche; il n'est, et ce siècle l'affiche, Qu'une beauté, toujours, partout, c'est d'être riche; L'or ne connaît que l'or, et devant les lingots Le vice et la vertu sont deux sombres égaux. Voilà tout ce que sait la science.
La vie Fait quelques pas tremblants vers le bien, puis dévie.
L'homme est un psaume, soit; il est blasphème aussi; Son âme est une lyre au son peu réussi Où l'honnête a sa corde, où l'injuste a sa fibre; Dans son pauvre esprit louche il tient en équilibre Cauchon et Jeanne d'Arc, Socrate et Mélitus; Il complète le bien d'où sortent ses vertus, Hélas, avec le mal d'où sortent ses fétiches; Ce vers faux a Satan et Dieu pour hémistiches.
Homme, entre nous et toi bien mince est la cloison, Et l'aigle par devant et par derrière est oison. Ta cervelle est de boue et ton coeur est de pierre. Tes docteurs chats-huants détournent leur paupière Au resplendissement du divin Hélios; Ils éclipsent avec un mur d'in-folios Le ciel mystérieux d'où viennent les grands souffles; Qu'est-ce qu'ils font de toi, ces bonzes, ces maroufles, Ces talapoins lettrés aux discours pluvieux? Un vieux toujours enfant, un enfant toujours vieux. Ton groupe sépulcral d'écolâtres ineptes Prêche, érige les morts en dogmes, en préceptes, T'assourdit d'un éloge infâme de la nuit, Allume un suif et dit: C'est un astre qui luit! Applaudit l'écrevisse et le crabe, et célèbre Les reflux du présent dans le passé funèbre,
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