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Victor Hugo - L'Âne

Amoncelle encor plus de forfaits que de lois;
Tudor fait un pendant monstrueux à Valois;

Louis quatorze, au nom du Christ qu'il dénature,

Couche la France aux fers sur le lit de torture;

Léon dix se parjure, Albrecht fait un serment

Faux, et François premier triche, et Charles Quint ment;

Eh bien! tous sont cléments, grands, glorieux, illustres!

Le moindre a son autel entouré de balustres;

Il n'est pas un d'entre eux qui ne soit le meilleur;

Quand ils meurent la terre est folle de douleur;

Celui-ci fut un dieu sur la machine ronde,

Cet autre fit pâlir la lumière du monde

Le jour où du milieu des vivants il sortit;

Ô honte! on trouvera toujours, grand ou petit,

Un homme pour verser ces pleurs de crocodile;

Ce sera Cantemir, si ce n'est Chalcondyle,

Si ce n'est Karamsin, ce sera Bossuet.

Je voudrais l'âne sourd ou bien l'homme muet.

Ô mon vieux Kant, la phrase est une grande fourbe,
On croit qu'elle se dresse alors qu'elle se courbe

Tant la coquine met de pompe à s'aplatir.

Certes, le menu peuple est un saignant martyr;

Certe, un champ de carnage est affreux; Tyr en cendre

Pour le plaisir d'un fou qui s'appelle Alexandre,

C'est dur; Rosbach, Fornoue et Pultawa fumants,

Et ces égorgements et ces éventrements,

C'est hideux; ces canons dont les fauves gueulées

Font accourir le soir les vautours par volées,

C'est noir; triste est la lutte et triste est le butin;

La bataille, ce jeu de bagues du destin,

Dont la roue oscillante a des hasards sans nombre,

Où le vainqueur, tournant sur son destrier sombre,

Rit et remporte au bout de sa lance un zéro,

C'est atroce et niais; Mars est un vieux bourreau;

Si devant tous les morts qui, sur toute la terre,

Dans la plaine difforme et pâle de la guerre

Sont tombés, glaive au poing, depuis quatre mille ans,

Si devant ces monceaux de squelettes sanglants

Le sépulcre fait défiler un cortège,

Où le brigand serait à côté du stratège,

Ô Kant, les os blanchis dans ces champs de malheur

Trouveraient le héros ressemblant au voleur,

Et les fémurs brisés, les tibias, les crânes,

Ne distingueraient point César de Schinderhannes;

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