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Victor Hugo - L'Âne
L'un a le froc, et l'autre a la manche mahoître; L'un refait le donjon, l'autre refait le cloître; Étranges en ceci que d'un point opposé Ils viennent l'un et l'autre aboutir au Passé; Et leur choc apparent est au fond la rencontre Du rêve avec le dogme et Pour avec Contre. L'homme flotte de l'un à l'autre, de cela À ceci, de Babeuf il tombe en Loyola, De Penn en Hildebrand et de Knox en de Maistre; Sous ses deux poings fermés le Passé le séquestre, Et la Théocratie, au regard de bûcher, L'ayant pris une fois, ne veut plus le lâcher; L'ombre empêche le jour et l'oeil de se rejoindre Et jette la nuée au rayon qui veut poindre; Quand viendra l'aube? Hélas! la mauvaise saison Est longue pour le vrai, le droit et la raison; Le soleil est si lent qu'on peut douter qu'il vienne; L'horrible idolâtrie antédiluvienne, Sombre, est le seul abri que l'homme ait sur le front; L'esprit humain, captif sous ce hideux plafond, Agonise depuis tout le temps qu'il hiverne Dans cette épouvantable et béate caverne. Pauvres hommes, par l'homme, hélas, suppliciés, Vous vous y prenez mal, mais, quoi que vous fassiez, Vous êtes à l'attache, et la courroie est forte; Votre maigre science économique avorte; Elle se nomme Faim, Désespoir, Buzançais; L'effort est vain; après toutes sortes d'essais, Le joug tient, la douleur persiste, le mal dure, Vous ne détruisez pas la fatalité dure, La loi de nuit, la loi de mort, la loi de sang. Ah! le malheur appelle et l'homme dit: Présent.
IX. CONDUITE DE L'HOMME VIS-À-VIS DE LUI-MÊME
Dieu, nature, cité; la loi, l'esprit, la lettre; Mais à quel point de vue enfin faut-il se mettre Pour trouver le bon sens de votre enseignement? Je feuillette et relis tout l'homme vainement, Je ne vois point par où son coeur s'améliore, Je vois la nuit grandir si je vois l'astre éclore.
Voyons, regarde un peu, bonhomme impartial. Nous avons contre nous notre angle facial, Nous autres animaux; on est, de par son crâne, Contraint d'être un chacal ou forcé d'être un âne;
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