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Victor Hugo - L'Âne
Ils sont le fanatisme, ils sont le préjugé; Durs, ils tiennent l'enfant dans les aïeux plongé; Hélas, ils font lever la nuit sur tous les faîtes; Jamais de novateurs, d'inventeurs, de prophètes; Jamais de conquérants, toujours des héritiers; Toujours les mêmes pas dans les mêmes sentiers; Le squelette lui-même entre leurs mains s'encroûte; Ils n'ont qu'un cri de marche: En arrière! une route, La routine; un regard l'aveuglement; un Dieu, Le grand fantôme d'ombre au fond du cachot bleu; C'est peu de la statue, il leur faut la momie; Ils reboivent l'horrible antiquité vomie; Ces froids songeurs, penchés sur les âges défunts, Ont les miasmes lourds des fosses pour parfums; Ce qui fut les enivre et qui vit les navre; Leur idéal a l'oeil sinistre du cadavre; La nuit les aime; ils sont ses blêmes envoyés. Tous les rayonnements de l'avenir noyés Dans le grandissement de l'ombre des ancêtres; Les fils des serfs rivés aux pieds des fils des maîtres; L'éternel échafaud sur l'enfer éternel; Autour d'Adam, chargé du crime originel, Les vieux siècles hagards poussant des cris sauvages; La perpétuité de tous les esclavages; Pierre et César joignant leurs glaives effrayants; L'autodafé chauffant la tiédeur des croyants; Le moins d'enfants possible au seuil de la chaumière; Torquemada pour flamme et Malthus pour lumière; Il n'existe qu'un droit pour être, avoir été; Le cimetière luit, c'est la seule clarté, Et la tradition est l'unique atmosphère; Ce que l'aïeul a fait, l'enfant doit le refaire; Voilà leur songe: hiver, glace, plomb, marbre, orgueil, Exagération lugubre du cercueil. Derrière ces docteurs funèbres rien ne reste Que le passé jetant sa figure funeste Sur le réel, le jour, le travail, la moisson; Tombe démesurée emplissant l'horizon. Rien de sain, rien de fort; des larves dans la brume; L'enfant pâle en naissant; pour verbe un testament; Les coeurs morts; le nocturne et morne étouffement Des jeunes nations par les anciens empires; Les fils spectres râlant sous les pères vampires.
Ces deux systèmes vains sont hors de la raison Et de la vérité, chacun à sa façon;
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