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Victor Hugo - L'Âne

Drame dont tu te crois pourtant le personnage,
Te tires-tu du moins de ton propre ménage

Avec les faits posés directement sur toi,

Qui sont les uns ton joug et les autres ta loi;

Joug qu'il faut rejeter, loi qu'il faut reconnaître?

Ces problèmes: avoir ou n'avoir pas un maître,

Être de brume abjecte ou de clarté vêtu,

Vivre libre ou forçat, comment les résous-tu?

Quel est le droit du fils? quel est le droit du père?

De quelle quantité de passé doit-on faire

Le lest du temps présent? dans le vote des lois

Convient-il de donner à la tombe une voix?

L'homme doit-il avoir deux existences, l'une

Offerte à la famille et l'autre à la commune?

Qu'est-ce qu'une cité? qu'est-ce qu'un citoyen?

L'État est-il but, ou n'est-il qu'un moyen?

Grâce à ton effort gauche et bête pour extraire

Et tirer la clarté de l'erreur, son contraire,

Toutes ces questions fument sans éclairer;

Une épaisse vapeur en sort qui fait pleurer;

D'un brouillard qui grandit toujours environnées,

Obscures, elles sont comme des cheminées

De ténèbres d'où monte et se répand la nuit.

Pas un système vrai ne s'est encor produit;

C'est en vain qu'on s'ébat, c'est en vain qu'on arguë;

Et vingt siècles après le verre de ciguë,

Dix-huit cents ans après le cri du Golgotha,

L'homme est encore au point où Platon s'arrêta.

Ce que nous appelons: dérober son échine
Aux bons coups que l'ânier prémédite et machine,

Éviter le fossé, prendre le droit chemin,

Lisser son poil, garder du chardon pour demain,

Vous hommes, vous nommez cela la politique.

Mais là quelle ombre! erreur moderne, erreur antique!

Quel épaississement et quel redoublement

De tout ce qui se trompe et de tout ce qui ment!

Querelle sur l'idée et sur le fait; querelle

Sur la loi convenue et la loi naturelle;

Querelle sur le blanc, querelle sur le noir,

Et sur l'envers du droit qu'on nomme le devoir;

Systèmes sociaux qui se gourment, s'escriment,

Et ferraillent, les yeux bandés.

Les uns suppriment

Les siècles, jetés bas de leur trône lointain;

Ils construisent, mettant en ordre le destin

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