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Victor Hugo - L'Âne
Quand un pape - je crois que ce fut un Urbain Quelconque - condamnait, au nom de son messie, Le soleil à tourner sous forme d'hérésie, Qui dont eût contredit le prêtre épouvantail? La cathédrale d'ombre ouvrait son grand portail, Les deux battants grinçaient des gonds avec colère, Rome mettait la main sur le spectre solaire, L'église requérait le secours de l'état, Afin que le soleil confus se retractât; Devant la nuit stupide, infirme et misérable, Le jour, pâle, venait faire amende honorable; La vérité criait: Je mens! et Patouillet Semonçait Galilée, et Dieu s'agenouillait.
L'immensité, sur toi sinistrement penchée, Luit; la suprématie en fait une bouchée. Ah! tu n'es vraiment pas embarrassé de Dieu. Que tu jures par Locke ou bien par saint Matthieu, Homme, athée en ta foi comme en ton ironie, Tu crois qu'un ciel s'éteint dès qu'un prêtre le nie, Imbécile! ou qu'après ton choc voltairien Le monde est en poussière et qu'il n'en reste rien. Quoi! tu veux dépecer le monde, toi l'atome! Cette création vaste, étrange, ignivome, Monstre du beau, torpille au contact foudroyant, Dressant dans l'inconnu ses cent têtes, ayant Pour écailles des mers, des soleils pour prunelles, Ce polype inouï des vagues éternelles, Cet immense dragon constellé, l'univers, Tu le critiques, toi, le petit, le pervers, Qui vis rongé de lèpre et meurs couvert de cendre, Toi que le vice mord, toi dont la race engendre Ce César qui broyait vingt peuples douloureux Pour être appelé grand, et ce Poulmann affreux Qui tuait un vieillard pour un verre de cidre! Mangé par l'acarus, tu veux dévorer l'hydre!
VIII. CONDUITE DE L'HOMME VIS-À-VIS DE LA SOCIÉTÉ
L'âne un moment se tut, puis, sévère, dressa Ses deux oreilles l'une après l'autre: - Homme! - or çà Reprit-il, si, penché sur l'obscure ouverture, Tu n'as pas compris Dieu ni compris la nature, Si tu n'as pas compris ce poème des jours, Des nuits, des cieux, des voix profondes, des bruits sourds,
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