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Victor Hugo - L'Âne
Il rit du fil de l'ombre, étant marionnette. Le lendemain, voilà la peur qui le reprend. Fou, tour à tour d'orgie ou d'aube s'empourprant, L'homme mériterait, soit dit en style honnête, D'avoir, ainsi que moi, sur le haut de la tête Deux conduits auditifs taillés en falbala! L'homme consent au beau, - s'il est utile. Il a Le goût du médiocre et s'arrête à mi-côte; Il laisse en route ceux dont l'idée est trop haute; Il ferait plus de cas de l'Hékla que revêt La neige et d'où le feu jaillit, s'il y pouvait Poser quelque marmite énorme d'invalides; Au ver sacré qui file au fond des chrysalides Il demande un bonnet bien tiède, bien soyeux Bien épais, qu'il se puisse abattre sur les yeux; Il préfère Montmartre au mont Blanc, Athalie À Macbeth, et son fiacre au char tonnant d'Élie; Entre Horace et Vadé, Vadé serait son choix. Il se croit roi du globe, il en est le bourgeois.
VII. CONDUITE DE L'HOMME VIS-À-VIS DE LA CRÉATION
L'homme, orgueil titanique et raison puérile! Montre-moi ce que fait ce travailleur stérile, Et montre-moi surtout ce qui reste de lui. Depuis Ève, il s'est moins aidé qu'il ne s'est nui. Dis, que vois-tu de beau, de grand, de bon, de tendre, De sublime, aussi loin que ton oeil peut s'étendre Dans la direction où marche ce boiteux? N'est-il pas lamentable et n'est-il pas honteux Que cet être, niant ce que font ses génies, Accablant les Fulton et les Watt d'ironies, Ayant un globe à lui, n'en sache pas l'emploi, Qu'il en ignore encor le but, le fond, la loi, Et qu'après six mille ans, infirme héréditaire, L'homme ne sache pas se servir de la terre? Explique-moi le chant que chante ce ténor. Le temps qu'il perd, ainsi qu'un prodigue son or, Échappe heure par heure à sa main engourdie; Dans la création il met la parodie; Il n'entend pas les cieux dire: Éclairons! aimons! Lorsqu'il tente, il échoue; en présence des monts Il fait la pyramide, il dresse l'obélisque; Il est le blême époux de la vie, odalisque Au sein gonflé de lait, aux lèvres de corail; Sultan triste, il ne sait que faire du sérail;
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