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Victor Hugo - L'Âne
Les deux chambres, que chauffe un rapport érudit, Accordent au jardin des plantes un crédit Pour élargir l'endroit où l'on met la genèse; Et l'institut - pendant que, tout frémissant d'aise, Paris en foule court voir le tapir manger, - Harangue au pont des Arts le fossile étranger. Mais quand le penseur, vaste et noir missionnaire, Arrive du pays du rêve et du tonnerre, Et revient du mystère où planent les esprit, Rapportant, aussi lui, ce qu'à l'ombre il a pris, Farouche, et dans sa main, de rayons inondée, Tenant le fait chimère ou bien le monstre idée, Déployant la splendeur d'un progrès factieux, Quelque nouveauté sainte ayant l'odeur des cieux Qui va faire, profonde et pure découverte, L'homme heureux, et l'envie, hélas, encor plus verte; Offrant la douleur morte ou l'espace annulé; Montrant des visions la formidable clé; Malheur à ce trouveur et malheur à ce mage! Que Gall ait du cerveau vu sur le front l'image, Que dans quelque insondable abîme le même air Qui soulevait Élie ait emporté Mesmer, Malheur! Papin en France ou Galilée à Rome, Quel que soit le prodige, hélas, quel que soit l'homme, Quel que soit le bienfait, quel que soit l'ouvrier, Qu'il se nomme Jackson, qu'il se nomme Fourier, Malheur! huée, affronts, et clameurs triomphantes; Tous se jettent sur lui; les uns, les sycophantes, Au nom des livres saints, védas ou rituels; Les autres, les douteurs, bourreaux spirituels, Parfois railleurs profonds, comme Swift et Voltaire, Au nom du vieux bon sens, bouche pleine de terre. On vous l'assomme avec maint argument plombé, Là, par Christ plus Moïse, ici, par A plus B. Que veut ce songe creux? et de quelles cavernes Sort-il pour nous conter de telles balivernes? Avoir du temps passé jeté le vieux bâton, Quel crime! S'appeler Gutenberg ou Fulton, Quel cynisme! Aller seul! l'audace est fabuleuse! Si c'est Flamel, Cardan, Saint-Simon ou Deleuze, Pour en avoir raison l'éclat de rire est là; Si c'est Jordan Bruno, si c'est Campanella Qui le premier a dit: - Les soleils sont sans nombre, - Qu'il se sauve; sinon, demain, le bûcher sombre Lui mettra la fumée et la nuit dans les yeux, Et l'affreux tourbillon des braises, envieux,
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