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Victor Hugo - L'Âne
Que son obscurité résiste obstinément Au lys, à la colombe, à l'aube, au firmament.
Rien, ni l'Etna qui semble en braise se dissoudre, Ni le passage vaste et fuyant de la foudre, Ni la lune, ébauchant quelque sacré contour, Pas même l'évidence éclatante du jour, Pas même le feu noir qui dévore Sodome, Rien ne peut éclairer l'intérieur de l'homme.
Ô Kant, l'homme est drapé de rêves mal tissus. Vêtu d'un haillon sombre, il porte par-dessus Une pourpre d'orgueil prise aux fausses sagesses. Il est fils des géants mariés aux singesses; Il a plus de grimace encor que de grandeur; Son profil de beauté d'un profil de laideur Se double, et son sublime adhère au ridicule De si près qu'on le croit fait pour le crépuscule. Aussi quelle ombre en lui! quelle ombre autour de lui! Il sent sous tous ses pas trembler le point d'appui, Ce qu'il espère étant presque ce qu'il redoute; Un flot de trouble passe après un flot de doute; Tout se résout en gouffre, en chute, en tremblement Sur on ne sait quel vague et blême escarpement, En ouverture sombre, en cécité muette, Tâtonnement au docte et vertige au poète; Et toujours, au-dessus du lugubre horizon, Et de votre savoir et de votre raison, L'idole, le cromlech, l'autel, dressent leur cime Que blanchit un rayon monstrueux de l'abîme. Mais du moins faites-vous ce qu'il faudrait pour voir Un peu plus de clarté dans votre cerveau noir? Point. La routine au fond du néant vous isole. Vous avez tout, parole, écriture, boussole, Vapeur, imprimerie, et scalpel et compas; Faites-vous donc du jour avec cela? Non pas. Avez-vous des esprits, des plongeurs, des génies, De grands cerveaux ouvrant des portes infinies, Des puisatiers géants creusant au ciel des trous, Des penseurs, des trouveurs? - Pardieu! - Qu'en faites-vous?
V. CONDUITE DE L'HOMME VIS-À-VIS DES ENFANTS
Et l'âne s'écria: - Pauvres fous! Dieu vous livre L'enfant, du paradis des anges encore ivre; Vite, vous m'empoignez ce marmot radieux,
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