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Victor Hugo - L'Âne
Tous ces textes, qui font le silence autour d'eux, Depuis l'infortiat jusqu'à l'in-trente-deux, Et d'où l'odeur des ans et des peuples s'exhale, Cette bibliopole auguste et colossale Qu'on voit, jetant au loin sa lueur aux cerveaux, Flamboyer au-dessus de tous vos noirs travaux, Comme la cheminée énorme de l'usine; Toute cette raison que l'homme emmagasine, Étageant grecs sur juifs, juifs sur égyptiens; Que le temps sur le tas vient vider par hottées, Ces Pascals, ces Longins, ces Jobs, ces Timothées, Doux, sévères, touchants, mystérieux, railleurs, Qu'est-ce si tout cela ne vous rend pas meilleurs? Par mon échine illustre et semblable aux coulées De laves du Gibel âpres et dentelées, Par les traductions du vieux père Brumoy, Par l'honneur que m'a fait Christ en montant sur moi Comme si l'âne était un degré de Calvaire, Je le jure devant l'aube et la primevère, Devant la fleur, devant la source et le ravin, Digne Kant, je suis prêt à proclamer divin, Vénérable, excellent, et j'admire et j'accepte L'enseignement duquel on sortirait inepte, Ignare, aveugle, sourd, buse, idiot; mais bon. Mais apprends par coeur Jove, Ughel et Casaubon, Baronius, Ibas d'Edesse, Théétète; Médie Boctoner à fond; romps-toi la tête Au sens qu'Eunapius donne à tel ou tel mot; Va de l'abbé Tudesche au cardinal Cramaud; Nourris-toi de Bohier, vieille prose bourrue; Dévore Ammirato, Walinge, Pellagrue; Vide résolument jusqu'à la lie et bois André Schott, Sylvius autrement dit Dubois, Massillon qui pérore et Fléchier qui harangue, Docte Kant, je consens à fourbir de ma langue Tous ces volumes, ceux qui sont noirs d'encre, et ceux Qui sont tachés de sang, et ceux qui sont crasseux, Y compris les fermoirs, la basane et les cuivres, Si tu te sens, après avoir lu tous ces livres, D'humeur à me donner un coup de pied de moins.
Si l'on veut faire grâce, en leurs lugubres coins, À tous ces vieux vélins jargonnant tous les styles, Ce qu'on peut dire, ô Kant, c'est qu'ils sont inutiles. Et, philosophe! au fait, comment tous ces monceaux De tomes, gravement contemplés par les sots,
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