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Victor Hugo - L'Âne

Tâche d'étreindre au vol l'affreux ptérodactyle;
Puis des millions d'ans se passent; du roseau

Sort l'arbre, et l'air devient respirable à l'oiseau,

Et la chauve-souris décroît, et voici l'aigle,

Le vent fraîchit, le flot baisse, la mer se règle,

L'île soudée à l'île ébauche un continent,

Et l'homme apparaît nu, pensif et rayonnant;

C'est fini; l'aube émerge, et le recul immense

Des monstres, du chaos, des ténèbres, commence;

La tempête de l'être a cessé de souffle;

Et l'on entend des voix sur la terre parler;

Le typhon s'amoindrit et devient l'infusoire;

Et l'antique bataille, inextinguible et noire,

Du dragon et de l'hydre, avec son fauve bruit,

Fuit dans le microscope et se perd dans la nuit;

L'effrayant désormais plonge dans l'invisible;

L'infiniment petit s'ouvre, gouffre terrible;

L'épouvante s'éclipse après avoir régné;

L'horreur, devant Adam qui doit être épargné,

Pas à pas rétrograde et rentre inassouvie

Dans cet enfoncement sinistre de la vie;

L'azur prodigieux s'épanouit au ciel.

Et maintenant, savant, penseur officiel,

Rat du budget, souris d'une bibliothèque,

Académicien bon voisin de l'évêque,

Quel compte te rends-tu de tout cela, réponds?

Comment rattaches-tu les arches de ces ponts

Au grand centre de l'ombre? avec quelles besicles,

Docteur, regardes-tu les formidables cycles?

Tu t'enfermes, craintif, dans le roman sacré;

Mieux vaut mutiler Dieu que fâcher son curé;

Et Cuvier, traître au vrai, pour être pair de France,

Trouble des temps profonds la sombre transparence.

Pour augmenter la brume, hélas! les professeurs
Ajoutent doctement de l'encre aux épaisseurs,

Et l'institut nous montre avec un air de gloire

L'énigme plus opaque et la source plus noire.

Ô le bon vieux palais gardé par deux lions!

La science met là tous ses tabellions,

Et l'on se complimente et l'on se félicite;

Et moi l'âne, qui suis parmi vous en visite,

Je n'aurais jamais cru que l'homme triomphât

À ce point de son vide, et, si nul, fût si fat!

Avec Diafoirus Bridoison fraternise;

Le dindon introduit l'oie et la divinise;

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