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Victor Hugo - L'Âne
Qui te dira le nom du vent en syrien, Sait-il son envergure et son itinéraire? La mamelle de l'ombre est là; peux-tu la traire? Abundius qui fut diacre d'Anicetus Sait-il quel ouvrier peint en bleu le lotus? Baloeus, Surius, Pitsoeus et Cédrène Savent-ils pourquoi l'aube en larmes est sereine? L'abbé Poulle ose-t-il en face regarder L'énigme qu'on entend gémir, chanter, gronder? As-tu lu dans Lactance ou bien dans Éleuthère Quelle est la fonction du diamant sous terre? Sais-tu par dom Poirier ou par monsieur Lejay De quelle flamme l'oeil des condors est forgé, Et maître Calepin dit-il dans son glossaire Où se trempe l'acier dont est faite leur serre? Saint Thomas connaît-il tous ces noirs Ixions Qu'on nomme affinités, forces, attractions? Nicole, qui sait tout, sait-il par quel organe L'été tire à jamais à lui la salangane, Et, vainqueur, fait passer la mer au passereau? Homme, sais-tu comment l'eau nourrit le sureau? Connais-tu l'hydre orage et le monstre tempête Qui naît dans le jardin des cieux, dresse la tête, Glisse et rampe à travers les nuages mouvants, Et qui flaire la rose effrayante des vents? Qu'as-tu trouvé? Devant l'évolution sainte De la vie, admirable et divin labyrinthe, Ta vue est myopie et ton âme est stupeur. Vois, ce monde est d'abord un noyau de vapeur Qui tourne comme un globe énorme de fumée; Vaste, il bout au soleil qui luit, braise enflammée; Il bout, puis s'attiédit et se condense, et l'eau Tombe au centre du large et ténébreux halo; Puis la terre, encor fange, au fond de l'eau s'amasse; Sur cette vase on voit ramper une limace, C'est l'hydre, c'est la vie; et la mer s'arrondit Autour d'un point qui sort des eaux et qui verdit; C'est l'île surgissant des profondeurs béantes; Des vers titans parmi des fougères géantes Fourmillent; et du bord des boueux archipels Des colosses se font de monstrueux appels; L'hippopotame sort de l'immense onde obscure, Le serpent cherche un flanc où plonger sa piqûre, De vaste millepieds se traînent, le kraken Semble un rocher vivant sous l'algue et le lichen, Et le poulpe, agitant sa touffe contractile,
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