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Victor Hugo - Han d'Islande

mal écoutées sur les phénomènes botaniques et physiologiques que le lac de Sparbo présente aux
naturalistes.

- Seigneur Ordener, disait-il, si vous en croyiez votre dévoué guide, vous abandonneriez votre funeste
entreprise; oui, seigneur, et vous vous fixeriez ici sur les bords de ce lac si curieux où nous pourrions

nous livrer ensemble à une foule de doctes recherches, par exemple à celle de la stella canora

palustris
, plante singulière que beaucoup de savants croient fabuleuse, mais que l'évêque Arngrim
affirme avoir vue et entendue sur les rives du Sparbo. Ajoutez à cela que nous aurions la satisfaction

d'habiter le sol de l'Europe qui renferme le plus de gypse, et où les sicaires de la Thémis de Drontheim

pénètrent le moins. - Cela ne vous sourit-il pas, mon jeune maître? Allons, renoncez à votre voyage

insensé; car, sans vous offenser, votre entreprise est périlleuse sans profit, periculum sine

pecunia
, c'est-à-dire insensée, et conçue dans un moment où vous auriez mieux fait de penser à autre
chose.

Ordener, qui ne prêtait aucune attention aux paroles du pauvre homme, n'entretenait la conversation que
par ces monosyllabes insignifiants et distraits que les grands parleurs prennent pour des réponses. C'est

ainsi qu'ils arrivèrent au hameau d'Oëlmoe, sur la place duquel un mouvement inusité se faisait en ce

moment remarquer.

Les habitants, chasseurs, pêcheurs, forgerons, sortaient de toutes les cabanes et accouraient se grouper
autour d'un tertre circulaire, occupé par quelques hommes, dont l'un sonnait du cor en agitant au-dessus

de sa tête une petite bannière blanche et noire.

- C'est sans doute quelque charlatan, dit Spiagudry, ambubaiarum collegia, pharmacopolae,
quelque misérable qui convertit l'or en plomb et les plaies en ulcères. Voyons; quelle invention de l'enfer

va-t-il vendre à ces pauvres campagnards? Encore si ces imposteurs se bornaient aux rois, s'ils imitaient

tous le danois Borch et le milanais Borri, ces alchimistes qui se jouèrent si complètement de notre

Frédéric III [Note: Frédéric III fut la dupe de Borch ou Borrichius, chimiste danois, et surtout de

Borri, charlatan milanais, qui se disait le favori de l'archange Michel. Cet imposteur, après avoir

émerveillé de ses prétendus prodiges Strasbourg et Amsterdam, agrandit la sphère de son ambition et la

témérité de ses mensonges; après avoir trompé le peuple, il osa tromper les rois. Il commença par la reine

Christine à Hambourg, et termina par le roi Frédéric à Copenhague.]; mais il leur faut le denier du paysan

non moins que le million du prince.

Spiagudry se trompait; en approchant du monticule, ils reconnurent, à sa robe noire et à son bonnet rond
et aigu, un syndic environné de quelques archers. L'homme qui sonnait du cor était le crieur des édits.

Le gardien fugitif, troublé, murmura à voix basse:

- En vérité, seigneur Ordener, en entrant dans cette bourgade, je ne m'attendais guère à tomber sur un
syndic. Me protège le grand saint Hospice! que va-t-il dire?

Son incertitude ne fut pas longue, car la voix glapissante du crieur des édits s'éleva tout à coup,
religieusement écoutée par la petite foule des habitants d'Oëlmoe.

- «Au nom de sa majesté, et par ordre de son excellence le général Levin de Knud, gouverneur, le
haut-syndic du Drontheimhus fait savoir à tous les habitants des villes, bourgs et bourgades de la

province, que: - 1° la tête de Han, natif de Klipstadur, en Islande, assassin et incendiaire, est mise au prix

de mille écus royaux.»

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