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Victor Hugo - Han d'Islande

sont prêts à se joindre à leurs frères les mineurs, quand ils auront besoin d'eux.

- Il suffit. Annoncez à vos compagnons, pour qu'ils ne doutent pas de vaincre, ajouta l'envoyé en
haussant la voix, que Han d'Islande sera le chef.

- Cela est-il certain? demandèrent-ils tous trois ensemble et d'une voix où se mêlaient l'expression de la
terreur et celle de l'espérance.

L'envoyé répondit:

- Je vous attendrai tous trois dans quatre jours, à pareille heure, avec vos colonnes réunies, dans la mine
d'Apsyl-Corh, près le lac de Smiasen, sous la plaine de l'Étoile-Bleue. Han d'Islande m'accompagnera.

- Nous y serons, dirent les trois chefs. Et puisse Dieu ne pas abandonner ceux qu'aidera le démon!

- Ne craignez rien de la part de Dieu, dit Hacket en ricanant. - Écoutez, vous trouverez, dans les vieilles
ruines de Crag, des enseignes pour vos troupes. - N'oubliez pas le cri: Vive Schumacker! Sauvons

Schumacker!
- Il faut que nous nous séparions; le jour ne va pas tarder à paraître. Mais auparavant,
jurez le plus inviolable secret sur ce qui se passe entre nous.

Sans répondre une parole, les trois chefs s'ouvrirent la veine du bras gauche avec la pointe d'un sabre;
ensuite, saisissant la main de l'envoyé, ils y laissèrent couler chacun quelques gouttes de sang.

- Vous avez notre sang, lui dirent-ils. Puis le jeune s'écria:

- Que tout mon sang s'écoule comme celui que je verse en ce moment; qu'un esprit malfaisant se joue de
mes projets, comme l'ouragan d'une paille; que mon bras soit de plomb pour venger une injure; que les

chauves-souris habitent mon sépulcre; que je sois, vivant, hanté par les morts; mort, profané par les

vivants; que mes yeux se fondent en pleurs comme ceux d'une femme, si jamais je parle de ce qui a lieu,

à cette heure, dans la clairière de Ralph le Géant. Daignent les bienheureux saints m'entendre!

- Amen, répétèrent les deux vieillards.

Alors ils se séparèrent, et il ne resta plus dans la clairière que le foyer à demi éteint dont les rayons
mourants montaient par intervalles jusqu'au faîte des tours ruinées et solitaires de Ralph le Géant.

XIX

THÉODORE.

Tristan, fuyons par ici.

TRISTAN.

C'est une étrange disgrâce.

THÉODORE.

Nous aura-t-on reconnus?

TRISTAN.

Je l'ignore et j'en ai peur.

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