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Victor Hugo - Han d'Islande
prendre. - J'ai quitté le comte Schumacker ce matin; voici trois bourses d'or qu'il m'a chargé de vous remettre.
Les deux vieillards se jetèrent sur l'or avec l'avidité commune, aux paysans de cette pauvre Norvège. Le jeune mineur repoussa la bourse que lui tendait Hacket.
- Gardez votre or, seigneur envoyé; je mentirais si je disais que je me révolte pour votre comte Schumacker; je me révolte pour affranchir les mineurs de la tutelle royale; je me révolte pour que le lit de ma mère n'ait plus une couverture déchiquetée comme les côtes de notre bon pays, la Norvège.
Loin de paraître déconcerté, le seigneur Hacket répondit en souriant:
- C'est donc à votre pauvre mère, mon cher Norbith, que j'enverrai cet argent, afin qu'elle ait deux couvertures neuves pour les bises de cet hiver.
Le jeune homme se rendit par un signe de tête, et l'envoyé, en orateur habile, se hâta d'ajouter:
- Mais gardez-vous de répéter ce que vous venez de dire inconsidérément, que ce n'est pas pour Schumacker, comte de Griffenfeld, que vous prenez les armes.
- Cependant.... cependant, murmurèrent les deux vieillards, nous savons bien qu'on opprime les mineurs, mais nous ne connaissons pas ce comte, ce prisonnier d'état.
- Comment! reprit vivement l'envoyé; pouvez-vous être ingrats à ce point! Vous gémissiez dans vos souterrains, privés d'air et de jour, dépouillés de toute propriété, esclaves de la plus onéreuse tutelle! Qui est venu à votre aide? qui a ranimé votre courage? qui vous a donné de l'or, des armes? N'est-ce pas mon illustre maître, le noble comte de Griffenfeld, plus esclave et plus infortuné encore que vous? Et maintenant, comblés de ses bienfaits, vous refuseriez de vous en servir pour conquérir sa liberté, en même temps que la vôtre?
- Vous avez raison, interrompit le jeune mineur, ce serait mal agir.
- Oui, seigneur Hacket, dirent les deux vieillards, nous combattrons pour le comte Schumacker.
- Courage, mes amis! levez-vous en son nom, portez le nom de votre bienfaiteur d'un bout de la Norvège à l'autre. Écoutez, tout seconde votre juste entreprise; vous allez être délivrés d'un formidable ennemi, le général Levin de Knud, qui gouverne la province. La puissance secrète de mon noble maître, le comte de Griffenfeld, va le faire rappeler momentanément à Berghen. - Allons, dites-moi, Kennybol, Jonas, et vous, mon cher Norbith, tous vos compagnons sont-ils prêts?
- Mes frères de Guldbranshal, dit Norbith, n'attendent que mon signal. Demain, si vous voulez....
- Demain, soit. Il faut que les jeunes mineurs, dont vous êtes le chef, lèvent les premiers l'étendard. Et vous, mon brave Jonas?
- Six cents braves des îles Fa-roër, qui vivent depuis trois jours de chair de chamois et d'huile d'ours, dans la forêt de Bennallag, ne demandent qu'un coup de trompe de leur vieux capitaine Jonas, du bourg de Loevig.
- Fort bien. Et vous, Kennybol?
- Tous ceux qui portent une hache dans les gorges de Kole, et gravissent les rochers sans genouillères,
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