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Victor Hugo - Han d'Islande

environs; je crois qu'on l'appelle l'ermite de Lynrass. Il est évident que le pauvre homme a été également
assassiné; mais dans quel but? On n'égorge plus maintenant pour opinion religieuse, et le vieil ermite ne

possédait au monde que sa robe de bure et la bienveillance publique.

- Et vous dites, reprit Richard, que ce corps est déchiré, ainsi que ceux des soldats, comme par les ongles
d'une bête féroce?

- Oui, mon cher; et un pêcheur affirmait avoir remarqué des traces pareilles sur le corps d'un officier
trouvé, il y a plusieurs jours, assassiné, vers les grèves d'Urchtal.

- Cela est singulier, dit Arthur.

- Cela est effroyable, dit Richard.

- Allons, reprit Wapherney, silence et travail, car je crois que le général va bientôt venir. - Mon cher
Gustave, je suis bien curieux de voir ces corps; si vous voulez, ce soir, en sortant, nous entrerons un

moment au Spladgest.

XVI

Elle eût été si facilement heureuse! une simple
cabane dans une vallée des Alpes, quelques

occupations domestiques auraient suffi pour

satisfaire ses modestes désirs et remplir sa douce

vie; mais moi, l'ennemi de Dieu, je n'ai pas eu de

repos que je n'aie brisé son coeur, que je n'aie

fait tomber en ruine sa destinée. 11 faut qu'elle

soit la victime de l'enfer.

GOETHE, Faust.

En 1675, c'est-à-dire vingt-quatre années avant l'époque où se passe cette histoire, hélas! ç'avait été une
fête charmante pour tout le hameau de Thoctree, que le mariage de la douce Lucy Pelnyrh, et du beau, du

grand, de l'excellent jeune homme Caroll Stadt. Il est vrai de dire qu'ils s'aimaient depuis longtemps; et

comment tous les coeurs ne se seraient-ils pas intéressés aux deux jeunes amants le jour où tant d'ardents

désirs, tant d'inquiètes espérances allaient enfin se changer en bonheur! Nés dans le même village, élevés

dans les mêmes champs, bien souvent, dans leur enfance, Caroll s'était endormi après leurs jeux sur le

sein de Lucy; bien souvent, dans leur adolescence, Lucy s'était, après leurs travaux, appuyée sur le bras

de Caroll. Lucy était la plus timide et la plus jolie des filles du pays, Caroll le plus brave et le plus noble

des garçons du canton; ils s'aimaient, et ils n'auraient pas mieux pu se rappeler le jour où ils avaient

commencé d'aimer, que le jour où ils avaient commencé de vivre.

Mais leur mariage n'était pas venu comme leur amour, doucement et de lui-même. Il y avait eu des
intérêts domestiques, des haines de famille, des parents, des obstacles; une année entière ils avaient été

séparés, et Caroll avait bien souffert loin de sa Lucy, et Lucy avait bien pleuré loin de son Caroll, avant

le jour bienheureux qui les réunissait, pour désormais ne plus souffrir et pleurer qu'ensemble.

C'était en la sauvant d'un grand péril que Caroll avait enfin obtenu sa Lucy. Un jour il avait entendu des
cris dans un bois; c'était sa Lucy qu'un brigand, redouté de tous les montagnards, avait surprise et

paraissait vouloir enlever. Caroll attaqua hardiment ce monstre à face humaine, auquel le singulier

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