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Victor Hugo - Han d'Islande

les vestiges d'une grosse tour, s'élevait alors l'ancienne forteresse bâtie par Horda le Fin-Archer, seigneur
de Loevig et frère d'armes du roi païen Halfdan, et occupée en 1698 par le syndic du bourg, lequel en eût

été l'habitant le mieux logé, sans la cigogne argentée qui venait tous les étés se percher à l'extrémité du

clocher pointu de l'église, pareille à la perle blanche au sommet du bonnet aigu d'un mandarin.

Le matin même du jour où Ordener était arrivé à Drontheim, un personnage était débarqué, également
incognito, à Loevig. Sa litière dorée, quoique sans armoiries, ses quatre grands laquais armés jusqu'aux

dents, avaient soudain fait le sujet de toutes les conversations et de foutes les curiosités. L'hôte de la

Mouette d'or
, petite taverne où le grand personnage était descendu, avait pris lui-même un air
mystérieux et répondait à toutes les questions: Je ne sais pas, d'un air qui voulait dire: Je sais tout, mais

vous ne saurez rien. Les grands laquais étaient plus muets que des poissons, et plus sombres que les

bouches d'une mine. Le syndic s'était d'abord renfermé dans sa tour, attendant dans sa dignité la première

visite de l'étranger; mais bientôt les habitants l'avaient vu avec surprise se présenter deux fois inutilement

à la Mouette d'or, et le soir épier un salut du voyageur appuyé sur sa fenêtre entrouverte. Les

commères inféraient de là que le personnage avait fait connaître son haut rang au seigneur syndic. Elles

se trompaient. Un messager expédié par l'étranger s'était présenté chez le syndic pour y faire viser son

droit de passe, et le syndic avait remarqué sur le grand cachet de cire verte du paquet qu'il portait deux

mains de justice croisées soutenant un manteau d'hermine surmonté d'une couronne de comte imposée à

un écusson autour duquel pendaient les colliers de l'Éléphant et de Dannebrog. Cette observation avait

suffi au syndic, qui désirait vivement obtenir de la grande chancellerie le haut syndicat du Drontheimhus.

Mais il avait perdu ses avances, car le noble inconnu ne voulait voir personne.

Le second jour de l'arrivée de ce voyageur à Loevig tirait à sa fin, lorsque l'hôte entra dans sa chambre en
disant, après une inclination profonde, que le messager attendu de sa courtoisie venait d'arriver.

- Eh bien, dit sa courtoisie, qu'il monte.

Un instant après, le messager entra, ferma soigneusement la porte, puis saluant jusqu'à terre l'étranger qui
s'était à demi tourné vers lui, attendit dans un silence respectueux qu'il lui adressât la parole.

- Je vous espérais ce matin, dit celui-ci; qui donc vous a retenu?

- Les intérêts de votre grâce, seigneur comte; ai-je un autre souci?

- Que fait Elphège? que fait Frédéric?

- Ils sont bien portants.

- Bien! bien! interrompit le maître; n'avez-vous rien de plus intéressant à m'apprendre? Quoi de nouveau
à Drontheim?

- Rien, sinon que le baron de Thorvick y est arrivé hier.

- Oui, je sais qu'il a voulu consulter ce vieux mecklembourgeois Levin sur le mariage projeté. Savez-vous
quel a été le résultat de son entrevue avec le gouverneur?

- Aujourd'hui à midi, heure de mon départ, il n'avait point encore vu le général.

- Comment! arrivé de la veille! Vous m'étonnez, Musdoemon. Et avait-il vu la comtesse?

- Encore moins, seigneur.

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