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Victor Hugo - Han d'Islande

- Si le sacrilège est la profanation d'un mort?

Pour le coup, le tremblant Benignus s'attendit à voir son nom sortir d'un moment à l'autre de la bouche de
l'inexplicable ermite.

- Autrefois, dit froidement Orugix, on l'enterrait vivant avec le cadavre profané.

- Et maintenant?

- Maintenant on est plus doux.

- On est plus doux! dit Spiagudry, respirant à peine.

- Oui, reprit le bourreau de l'air satisfait et négligent d'un artiste qui parle de son art; on lui imprime
d'abord, avec un fer chaud, une S sur le gras des jambes.

- Et ensuite? interrompit le vieux concierge, contre lequel il eût été difficile d'exécuter cette partie de la
peine.

- Ensuite, dit le bourreau, on se contente de le pendre.

- Miséricorde! s'écria Spiagudry; de le pendre!

- Eh bien, qu'a-t-il? il me regarde de l'air dont le patient regarde le gibet.

- Je vois avec plaisir, disait l'ermite, que l'on est revenu à des principes d'humanité.

En ce moment, l'orage, qui avait cessé, permit d'entendre très distinctement au dehors le son clair et
intermittent d'un cor.

- Nychol, dit la femme, on est à la poursuite de quelque malfaiteur, c'est le cor des archers.

- Le cor des archers! répéta chacun des interlocuteurs avec un accent différent, mais Spiagudry avec celui
de la plus profonde terreur.

Ils achevaient à peine cette exclamation quand on frappa à la porte de la tour.

XIII

Il ne faut qu'un homme, un signal; les éléments
d'une révolution sont tout prêts. Qui commencera?

Dès qu'il y aura un point d'appui, tout

s'ébranlera.

BONAPARTE.

Loevig est un gros bourg situé sur la rive septentrionale du golfe de Drontheim, et adossé à une chaîne
basse de collines nues et bizarrement bariolées par diverses sortes de cultures, pareilles à de grands pans

de mosaïque appuyés à l'horizon. L'aspect du bourg est triste; la cabane de bois et de jonc du pêcheur, la

hutte conique bâtie de terre et de cailloux où le mineur invalide passe le peu de vieux jours que ses

épargnes lui permettent de donner au soleil et au repos, la frêle charpente abandonnée que le chasseur de

chamois revêt à son tour d'un toit de paille et de murs de peaux de bêtes, bordent des rues plus longues

que le bourg, parce qu'elles sont étroites et tortueuses. Sur une place où l'on ne voit plus aujourd'hui que

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