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Victor Hugo - Han d'Islande
Puis elle tourna lentement les yeux sur Ordener.
- Ce que tu fais est inutile; mais fais-le.
Ordener l'attira sur son sein.
- Oh! noble fille, laisse ton coeur battre sur le mien. Généreuse amie! je reviendrai bientôt. Va, tu seras à moi; je veux être le sauveur de ton père, pour mériter de devenir son fils. Mon Éthel, ma bien-aimée Éthel!
Qui pourrait dire ce qui se passe dans un noble coeur qui se sent compris d'un noble coeur? Et si l'amour unit ces deux âmes pareilles d'un lien indestructible, qui pourrait peindre ces inexprimables délices? Il semble alors que l'on éprouve, réunis dans un court moment, tout le bonheur et toute la gloire de la vie, embellie du charme des généreux sacrifices.
- O mon Ordener, va, et, si tu ne reviens pas, la douleur sans espoir tue. J'aurai cette lente consolation. Ils se levèrent tous deux, et Ordener plaça sur son bras le bras d'Éthel, et dans sa main cette main adorée; ils traversèrent en silence les allées tortueuses du sombre jardin, et arrivèrent à regret à la porte de la tour qui servait d'issue. Là, Éthel, tirant de son sein de petits ciseaux d'or, coupa une boucle de ses beaux cheveux noirs.
- Reçois-la, Ordener; qu'elle t'accompagne, qu'elle soit plus heureuse que moi.
Ordener pressa religieusement sur ses lèvres ce présent de sa bien-aimée.
Elle poursuivit:
- Ordener, pense à moi, je prierai pour toi. Ma prière sera peut-être aussi puissante auprès de Dieu que tes armes devant le démon.
Ordener s'inclina devant cet ange. Son âme sentait trop pour que sa bouche pût parler. Ils restèrent quelque temps sur le coeur l'un de l'autre. Au moment de la quitter, peut-être pour jamais, Ordener jouissait, avec un triste ravissement, du bonheur de tenir une fois encore toute son Éthel entre ses bras. Enfin, déposant un chaste et long baiser sur le front décoloré de la douce jeune fille, il s'élança violemment sous la voûte obscure de l'escalier en spirale, qui lui apporta un moment après le mot si lugubre et si doux: Adieu!
X
Tu ne la croirais pas malheureuse, tout ce qui l'entoure annonce le bonheur. Elle porte des colliers d'or et des robes de pourpre. Lorsqu'elle sort, la foule de ses vassaux se prosterne sur son passage, et des pages obéissants étendent des tapis sous ses pieds. Mais on ne la voit point dans la retraite qui lui est chère: car alors elle pleure, et son mari ne l'entend pas. - Je suis cette malheureuse, l'épouse d'un homme honoré, d'un noble comte, la mère d'un enfant dont les sourires me poignardent.
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