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Victor Hugo - Han d'Islande

rapide des divers événements historiques qu'elle embrasse, et un tableau plus ou moins complet du pays
qu'elle parcourt; ce n'est que tout à l'heure, disons-nous, qu'il s'est aperçu de sa méprise, qu'il a reconnu

toute l'insignifiance et toute la frivolité du genre à propos duquel il avait si gravement noirci tant de

papier, et qu'il a senti combien il s'était, pour ainsi dire, mystifié lui-même, en se persuadant que ce

roman pourrait bien, jusqu'à un certain point, être une production littéraire, et que ces quatre volumes

formaient un livre.

Il se résout donc sagement, après avoir fait amende honorable, à ne rien dire dans cette espèce de préface,
que monsieur l'éditeur aura soin en conséquence d'imprimer en gros caractères. Il n'informera pas même

le lecteur de son nom ou de ses prénoms, ni s'il est jeune ou vieux, marié ou célibataire, ni s'il a fait des

élégies ou des fables, des odes ou des satires, ni s'il veut faire des tragédies, des drames ou des comédies,

ni s'il jouit du patriciat littéraire dans quelque académie, ni s'il a une tribune dans un journal quelconque;

toutes choses, cependant, fort intéressantes à savoir. Il se bornera seulement à faire remarquer que la

partie pittoresque de son roman a été l'objet d'un soin particulier; qu'on y rencontre fréquemment des K,

des Y, des H et des W, quoiqu'il n'ait jamais employé ces caractères romantiques qu'avec une extrême

sobriété, témoin le nom historique de Guldenlew, que plusieurs chroniqueurs écrivent

Guldenloëwe
, ce qu'il n'a pas osé se permettre; qu'on y trouve également de nombreuses diphtongues
variées avec beaucoup de goût et d'élégance; et qu'enfin tous les chapitres sont précédés d'épigraphes

étranges et mystérieuses, qui ajoutent singulièrement à l'intérêt et donnent plus de physionomie à chaque

partie de la composition.

Janvier 1823.

DEUXIÈME ÉDITION

On a affirmé à l'auteur de cet ouvrage qu'il était absolument nécessaire de consacrer spécialement
quelques lignes d'avertissement, de préface ou d'introduction à cette seconde édition. Il a eu beau

représenter que les quatre ou cinq malencontreuses pages vides qui escortaient la première édition, et

dont le libraire s'est obstiné à déparer celle-ci, lui avaient déjà attiré les anathèmes de l'un de nos

écrivains les plus honorables et les plus distingués [Note: M. C. Nodier. Quotidienne du 12

mars.], lequel l'avait accusé de prendre le ton aigre-doux de l'illustre Jedediah Cleishbotham,

maître d'école et sacristain de la paroisse de Gandercleugh; il a eu beau alléguer que ce brillant et

judicieux critique, de sévère pour la faute, deviendrait sans doute impitoyable pour la récidive; et

présenter, en un mot, une foule d'autres raisons non moins bonnes pour se dispenser d'y tomber, il paraît

qu'on lui en a opposé de meilleures, puisque le voici maintenant écrivant une seconde préface, après

s'être tant repenti d'avoir écrit la première. Au moment d'exécuter cette détermination hardie, il conçut

d'abord la pensée de placer en tête de cette seconde édition ce dont il n'avait pas osé charger la première,

savoir quelques vues générales et particulières sur le roman. Méditant ce petit traité littéraire et

didactique, il était encore dans cette mystérieuse ivresse de la composition, instant bien court, où l'auteur,

croyant saisir une idéale perfection qu'il n'atteindra pas, est intimement ravi de son ouvrage à faire; il

était, disons-nous, dans cette heure d'extase intérieure, où le travail est un délice, où la possession secrète

de la muse semble bien plus douce que l'éclatante poursuite de la gloire, lorsqu'un de ses amis les plus

sages est venu l'arracher brusquement à cette possession, à cette extase, à cette ivresse, en lui assurant

que plusieurs hommes de lettres très hauts, très populaires et très puissants, trouvaient la dissertation qu'il

préparait tout à fait méchante, insipide et fastidieuse; que le douloureux apostolat de la critique dont ils se

sont chargés dans diverses feuilles publiques, leur imposant le devoir pénible de poursuivre

impitoyablement le monstre du romantisme et du mauvais goût, ils s'occupaient, dans le moment

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