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Victor Hugo - Han d'Islande
- Eh bien! chevalier, dit Ordener après un moment de réflexion, un messager vous instruira du lieu.
- Soit, répondit le lieutenant; d'autant mieux que cela me donnera le temps d'assister aux cérémonies du mariage de ma soeur, car vous saurez que vous aurez l'honneur de vous battre avec le futur beau-frère d'un haut seigneur, du fils du vice-roi de Norvège, du baron Ordener Guldenlew, lequel, à l'occasion de cet illustre hyménée, comme dit Artamène, va être créé comte de Daneskiold, colonel et chevalier del'Éléphant; et moi-même, qui suis le fils du grand-chancelier des deux royaumes, je serai sans doute nommé capitaine.
- Fort bien, fort bien, lieutenant d'Ahlefeld, dit Ordener avec impatience, vous n'êtes point encore capitaine, ni le fils du vice-roi colonel; - et les sabres sont toujours des sabres.
- Et les rustres toujours des rustres, quoi qu'on fasse pour les élever jusqu'à soi, dit entre ses dents l'officier.
- Chevalier, continua Ordener, vous connaissez la loi courtoise. Vous n'entrerez plus dans ce donjon, et vous garderez le silence sur cette affaire.
- Pour le silence, rapportez-vous-en à moi, je serai aussi muet que Muce Scévole lorsqu'il eut le poing sur le brasier. Je n'entrerai non plus dans le donjon, ni moi, ni aucun argus de la garnison; car je viens de recevoir un ordre d'y laisser à l'avenir Schumacker sans gardes, ordre que j'étais chargé de lui communiquer ce soir; ce que j'aurais fait si je n'avais passé une partie de la soirée à essayer de nouvelles bottines de Cracovie. - Cet ordre, entre nous, est bien imprudent.
- Voulez-vous que je vous montre mes bottines?
Pendant cette conversation, Éthel, les voyant apaisés, et ne comprenant pas ce que c'était qu'un duellum remotum, avait disparu, après avoir dit doucement à l'oreille d'Ordener: À demain.
- Je voudrais, lieutenant d'Ahlefeld, que vous m'aidassiez à sortir du fort.
- Volontiers, dit l'officier, quoiqu'il soit un peu tard, ou plutôt de bien bonne heure. Mais comment trouverez-vous une barque?
- Cela me regarde, dit Ordener.
Alors, s'entretenant de bonne amitié, ils traversèrent le jardin, la cour circulaire, la cour carrée, sans qu'Ordener, conduit par l'officier de ronde, éprouvât d'obstacle; ils franchirent la grande herse, le hangar de l'artillerie, la place d'armes, et arrivèrent à la tour basse, dont la porte de fer s'ouvrit à la voix du lieutenant.
- Au revoir, lieutenant d'Ahlefeld! dit Ordener.
- Au revoir, répondit l'officier. Je déclare que vous êtes un brave champion, quoique j'ignore qui vous êtes, et si ceux de vos pairs que vous amènerez à notre rendez-vous auront qualité pour prendre le titre de parrains, et ne devront pas se borner au nom modeste d'assistants.
Ils se serrèrent la main; la porte de fer se referma, et le lieutenant retourna, en fredonnant un air de Lulli, admirer ses bottes polonaises et le roman français.
Ordener, resté seul sur le seuil, quitta ses vêtements, qu'il enveloppa de son manteau et attacha sur sa tête
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