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Victor Hugo - Han d'Islande

donne de ton corps.

Le brigand reçut les deux pièces d'or. Aussitôt le guichetier avança la main pour les reprendre.

- Un instant, compagnon, donne-moi d'abord ce que je t'ai demandé.

Le guichetier sortit, et revint un moment après, apportant une botte de paille fraîche et un réchaud plein
de charbons ardents, qu'il plaça près du condamné.

- C'est cela, dit le brigand en lui remettant les deux ducats, je me chaufferai cette nuit. - Encore un mot,
ajouta-t-il d'une voix sinistre: - Le cachot ne touche-t-il pas à la caserne des arquebusiers de Munckholm?

- Cela est vrai, repartit le guichetier.

- Et d'où vient le vent?

- De l'est, je crois.

- C'est bon, reprit le brigand.

- Où veux-tu donc en venir, camarade? demanda le guichetier.

- À rien, répondit le brigand.

- Adieu, camarade, à demain de bonne heure.

- Oui, à demain, répéta le brigand.

Et le bruit de la lourde porte, qui se refermait, empêcha le bourreau et son compagnon d'entendre le
ricanement sauvage et goguenard, qui accompagnait ces paroles.

L

Espérais-tu finir par un autre trépas?

ALEX. SOUMET.

Jetons maintenant un regard dans l'autre cachot de la prison militaire adossée à la caserne des
arquebusiers, qui renferme notre ancienne connaissance Turiaf Musdoemon.

On s'est peut-être étonné d'entendre ce Musdoemon, si profondément rusé, si profondément lâche, livrer
avec tant de bonne foi le secret de son crime au tribunal qui l'a condamné, et cacher avec tant de

générosité la part qu'y a prise son ingrat patron, le chancelier d'Ahlefeld. Qu'on se rassure cependant;

Musdoemon n'était point converti. Cette généreuse bonne foi était peut-être la plus grande preuve

d'adresse qu'il eût jamais donnée. Quand il avait vu toute son infernale intrigue si inopinément dévoilée

et si invinciblement démontrée, il avait été un instant étourdi et épouvanté. Cette première impression

passée, l'extrême justesse de son esprit lui fit sentir que, dans l'impuissance de perdre désormais ses

victimes désignées, il ne devait plus songer qu'à se sauver. Deux partis à prendre se présentèrent à lui: se

décharger de tout sur le comte d'Ahlefeld, qui l'abandonnait si lâchement, ou prendre sur lui tout le crime

qu'il avait partagé avec le comte. Un esprit vulgaire se fût jeté sur le premier, Musdoemon choisit le

second. Le chancelier était chancelier, d'ailleurs rien ne le compromettait directement dans ces papiers

qui accablaient son secrétaire intime; puis il avait échangé quelques regards d'intelligence avec

Musdoemon; il n'en fallut pas davantage pour déterminer celui-ci à se laisser condamner, certain que le

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