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Victor Hugo - Han d'Islande

Le président se mordit les lèvres.

- Nous demandons au tribunal, dit l'évêque, que l'innocence de notre client Ordener soit proclamée par
lui.

Le président répondit par un signe d'adhésion; et, sur la demande du haut-syndic, on acheva l'examen de
la redoutable cassette, qui ne renfermait plus que le diplôme et les titres de Schumacker mêlés à quelques

lettres du prisonnier de Munckholm au capitaine Dispolsen, lettres amères sans être coupables, et qui ne

pouvaient effrayer que le chancelier d'Ahlefeld.

Bientôt le tribunal se retira, et après une courte délibération, tandis que les curieux rassemblés dans la
place d'Armes attendaient avec une impatience opiniâtre le fils du vice-roi condamné, et que le bourreau

se promenait nonchalamment sur l'échafaud, le président prononça, d'une voix presque éteinte, l'arrêt qui

condamnait à mort Turiaf Musdoemon, et réhabilitait Ordener Guldenlew, le réintégrant dans tous ses

honneurs, titres et privilèges.

XLIX

Combien me vendras-tu ta carcasse, mon drôle? Je
n'en donnerais pas, en honneur, une obole.

Saint Michel à Satan. Mystère.

Ce qui restait du régiment des arquebusiers de Munckholm était rentré dans son ancienne caserne,
bâtiment isolé au milieu d'une grande cour carrée dans l'enceinte du fort. À la nuit tombante, on

barricada, suivant l'usage, les portes de cet édifice, où s'étaient retirés tous les soldats, à l'exception des

sentinelles dispersées sur les tours et du peloton de garde devant la prison militaire adossée à la caserne.

Cette prison, la plus sûre et la mieux surveillée de toutes les prisons de Munckholm, renfermait les deux

condamnés qui devaient être pendus le lendemain matin, Han d'Islande et Musdoemon.

Han d'Islande est seul dans son cachot. Il est étendu sur la terre, enchaîné, la tête appuyée sur une pierre;
quelque faible lumière vient jusqu'à lui à travers une ouverture quadrangulaire grillée, pratiquée dans

l'épaisse porte de chêne qui sépare son cachot de la salle voisine, où il entend ses gardiens rire et

blasphémer, au bruit des bouteilles qu'ils vident et des dés qu'ils roulent sur un tambour. Le monstre

s'agite en silence dans l'ombre, ses bras se resserrent et s'écartent, ses genoux se contractent et se

déploient, ses dents mordent ses fers.

Tout à coup il élève la voix, il appelle; un guichetier se présente à l'ouverture grillée.

- Que veux-tu? dit-il au brigand.

Han d'Islande se soulève.

- Compagnon, j'ai froid; mon lit de pierre est dur et humide; donne-moi une botte de paille pour dormir,
et un peu de feu pour me réchauffer.

- Il est juste, reprend le guichetier, de procurer au moins ses aises à un pauvre diable qui va être pendu,
fût-il le diable d'Islande. Je vais t'apporter ce que tu me demandes. - As-tu de l'argent?

- Non, répond le brigand.

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