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Victor Hugo - Han d'Islande

que je n'expire en même temps que toi?

Le condamné tomba à ses pieds et baisa le bas de sa robe.

- Vous, vieillard, continua-t-elle, vous allez nous tenir lieu de familles et de pères; ce cachot sera le
temple; cette pierre, l'autel. Voici mon anneau, nous sommes à genoux devant Dieu et devant vous.

Bénissez-nous et lisez les paroles saintes qui vont unir Éthel Schumacker à Ordener Guldenlew, son

seigneur.

Et ils s'étaient agenouillés ensemble devant le prêtre, qui les contemplait avec un étonnement mêlé de
pitié.

- Comment, mes enfants! que faites-vous?

- Mon père, dit la jeune fille, le temps presse. Dieu et la mort nous attendent.

On rencontre quelquefois dans la vie des puissances irrésistibles, des volontés auxquelles on cède
soudain comme si elles avaient quelque chose de plus que les volontés humaines. Le prêtre leva les yeux

en soupirant.

- Que le Seigneur me pardonne si ma condescendance est coupable! Vous vous aimez, vous n'avez plus
que bien peu de temps à vous aimer sur la terre; je ne crois pas manquer à nos saints devoirs en

légitimant votre amour.

La douce et redoutable cérémonie s'accomplit. Ils se levèrent tous deux sous la dernière bénédiction du
prêtre; ils étaient époux.

Le visage du condamné brillait d'une douloureuse joie; on eût dit qu'il commençait à sentir l'amertume de
la mort, à présent qu'il essayait la félicité de la vie. Les traits de sa compagne étaient sublimes de

grandeur et de simplicité; elle était encore modeste comme une jeune vierge, et déjà presque fière comme

une jeune épouse.

- Écoute-moi, mon Ordener, dit-elle; n'est-il pas vrai que nous sommes maintenant heureux de mourir,
puisque la vie ne pouvait nous réunir? Tu ne sais pas, ami, ce que je ferai, - je me placerai aux fenêtres

du donjon de manière à te voir monter sur l'échafaud, afin que nos âmes s'envolent ensemble dans le ciel.

Si j'expire avant que la hache ne tombe, je t'attendrai; car nous sommes époux, mon Ordener adoré, et ce

soir le cercueil sera notre lit nuptial.

Il la pressa sur son coeur gonflé et ne put prononcer que ces mots, qui étaient l'idée de toute son
existence:

- Éthel, tu es donc à moi!

- Mes enfants, dit la voix attendrie de l'aumônier, dites-vous adieu. Il est temps.

- Hélas! s'écria Éthel.

Toute sa force d'ange lui revint, et elle se prosterna devant le condamné:

- Adieu! mon Ordener bien-aimé; mon seigneur, donnez-moi votre bénédiction.

Le prisonnier accomplit ce voeu touchant, puis il se retourna pour saluer le vénérable Athanase Munder.

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