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Victor Hugo - Han d'Islande
s'arrêta un moment comme pour prendre haleine. Ordener attachait sur lui un regard plein d'une joie céleste.
- Jean Schumacker, continua le juge, le tribunal vous absout et vous renvoie dans votre prison.
Kennybol, Jonas et Norbith, le tribunal réduit la peine que vous avez encourue à une détention perpétuelle et à l'amende de mille écus royaux chacun.
Han, de Klipstadur, assassin et incendiaire, vous serez ce soir conduit sur la place d'armes de Munckholm, et pendu par le cou jusqu'à ce que mort s'ensuive.
Ordener Guldenlew, traître, après avoir été dégradé de vos titres devant ce tribunal, vous serez conduit ce soir au même lieu, avec un flambeau à la main, pour y avoir la tête tranchée, le corps brûlé, et pour que vos cendres soient jetées au vent et votre tête exposée sur la claie.
Retirez-vous tous. Tel est l'arrêt rendu par la justice du roi. -
À peine le haut-syndic avait-il achevé cette funèbre lecture, qu'on entendit dans la salle un cri. Ce cri glaça les assistants plus même que l'effrayant appareil de la sentence de mort; ce cri fit pâlir un moment le front serein et radieux d'Ordener condamné.
XLIV
C'était le malheur qui les rendait égaux.
CHARLES NODIER.
C'en est donc fait; tout va s'accomplir, ou plutôt tout est déjà accompli. Il a sauvé le père de celle qu'il aimait, il l'a sauvée elle-même, en lui conservant l'appui paternel. La noble conspiration du jeune homme pour la vie de Schumacker a réussi; maintenant le reste n'est rien; il n'a plus qu'à mourir.
Que ceux qui l'ont cru coupable ou insensé le jugent maintenant, ce généreux Ordener, comme il se juge lui-même dans son âme avec un saint ravissement. Car ce fut toujours sa pensée, en entrant dans les rangs des rebelles, que, s'il ne pouvait empêcher l'exécution du crime de Schumacker, il pourrait du moins en empêcher le châtiment, en l'appelant sur sa propre tête.
- Hélas! s'était-il dit, sans doute Schumacker est coupable; mais, aigri par sa captivité et son malheur, son crime est pardonnable. Il ne veut que sa délivrance; il la tente, même par la rébellion. - D'ailleurs, que deviendra mon Éthel si on lui enlève son père; si elle le perd par l'échafaud, si un nouvel opprobre vient flétrir sa vie, que deviendra-t-elle, sans soutien, sans secours, seule dans son cachot, ou errante dans un monde d'ennemis? Cette pensée l'avait déterminé à son sacrifice, et il s'y était préparé avec joie; car le plus grand bonheur d'un être qui aime est d'immoler son existence, je ne dis pas à l'existence, mais à un sourire, à une larme de l'être aimé.
Il a donc été pris parmi les rebelles, il a été traîné devant les juges qui devaient condamner Schumacker, il a commis son généreux mensonge, il a été condamné, il va mourir d'une mort cruelle, d'un supplice ignominieux, il va laisser une mémoire souillée; mais que lui importe au noble jeune homme? il a sauvé le père de son Éthel.
Il est maintenant assis sur ses chaînes dans un cachot humide, où la lumière et l'air ne pénètrent qu'à peine par de sombres soupiraux; près de lui est la nourriture du reste de son existence, un pain noir, une
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