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Victor Hugo - Han d'Islande

des tressaillements convulsifs. Entre lui et le vénérable évêque, qui lisait les psaumes de la pénitence, se
tenait Ordener, les bras croisés et les yeux levés au ciel.

Derrière eux on entendait le bruit de la foule, qui avait impétueusement éclaté à la sortie des juges. C'était
le fameux captif de Munckholm, c'était le redoutable démon d'Islande, c'était surtout le fils du vice-roi,

qui occupaient toutes les pensées, toutes les paroles, tous les regards. La rumeur, mêlée de plaintes, de

rires et de cris confus, qui s'échappait de l'auditoire, s'abaissait et s'élevait comme une flamme qui ondoie

sous le vent.

Ainsi se passèrent plusieurs heures d'attente, si longues que chacun s'étonnait qu'elles fussent contenues
dans la même nuit. De temps en temps on jetait un regard vers la porte de la chambre des délibérations;

mais on n'y voyait rien, que les deux soldats qui se promenaient avec leurs pertuisanes étincelantes

devant le seuil fatal, comme deux fantômes muets.

Enfin, les torches et les lampes commençaient à pâlir, et quelques rayons blancs de l'aube traversaient les
vitraux étroits de la salle, quand la porte redoutable s'ouvrit. Un silence profond remplaça sur-le-champ,

comme par magie, tout le tumulte du peuple, et l'on n'entendit plus que le bruit des respirations pressées

et le mouvement vague et sourd de la foule en suspens.

Les juges, sortant à pas lents de la chambre des délibérations, reprirent place au tribunal, le président à
leur tête.

Le secrétaire intime, qui avait paru absorbé dans ses réflexions pendant leur absence, s'inclina:

- Seigneur président, quel est l'arrêt que le tribunal, jugeant sans appel, a rendu au nom du roi? Nous
sommes prêts à l'entendre avec un respect religieux. Le juge placé à droite du président se leva, tenant un

parchemin dans ses mains:

- Sa grâce, notre glorieux président, fatigué par la longueur de cette audience, daigne nous charger, nous,
haut-syndic du Drontheimhus, président naturel de ce tribunal respectable, de lire à sa place la sentence

rendue au nom du roi. Nous allons remplir ce devoir honorable et pénible, rappelant à l'auditoire de se

taire devant l'infaillible justice du roi.

Alors la voix du haut-syndic prit une inflexion solennelle et grave, et tous les coeurs palpitèrent.

- Au nom de notre vénéré maître et légitime seigneur Christiern, roi! - voici l'arrêt que nous, juges du
haut tribunal du Drontheimhus, nous rendons dans nos consciences, touchant Jean Schumacker,

prisonnier d'État; Wilfrid Kennybol, habitant des montagnes de Kole; Jonas, mineur royal; Norbith,

mineur royal; Han, de Klipstadur, en Islande; et Ordener Guldenlew, baron de Thorvick, chevalier de

Dannebrog; tous accusés des crimes de haute trahison et de lèse-majesté au premier chef; Han d'Islande

étant de plus prévenu des crimes d'assassinat, d'incendie et de brigandage.

1° Jean Schumacker n'est point coupable;

2° Wilfrid Kennybol, Jonas et Norbith sont coupables; mais le tribunal les excuse, parce qu'ils ont été
égarés;

3° Han d'Islande est coupable de tous les crimes qu'on lui impute;

4° Ordener Guldenlew est coupable de haute trahison et de lèse-majesté au premier chef.» Le juge

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