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Victor Hugo - Han d'Islande

- Et qui donc?

- Votre fille, seigneur, a daigné compter les mois depuis mon départ! Oh! combien j'ai passé de tristes
journées! j'ai visité toute la Norvège, depuis Christiania jusqu'à Wardhus; mais c'est vers Drontheim que

mes courses me ramenaient toujours.

- Usez de votre liberté, jeune homme, tant que vous en jouissez. - Mais dites-moi donc enfin qui vous
êtes. Je voudrais, Ordener, vous connaître sous un autre nom. Le fils d'un de mes mortels ennemis

s'appelle Ordener.

- Peut-être, seigneur comte, ce mortel ennemi a-t-il plus de bienveillance pour vous que vous n'en avez
pour lui.

- Vous éludez ma question; mais gardez votre secret, j'apprendrais peut-être que le fruit qui désaltère est
un poison qui me tuera.

- Comte! dit Ordener d'une voix irritée. Comte! reprit-il d'un ton de reproche et de pitié.

- Suis-je contraint de me fier à vous, répondit Schumacker, à vous qui prenez toujours en ma présence le
parti de l'implacable Guldenlew?

- Le vice-roi, interrompit gravement le jeune homme, vient d'ordonner que vous seriez à l'avenir libre et
sans gardes dans l'intérieur de tout le donjon du Lion de Slesvig. C'est une nouvelle que j'ai recueillie à

Berghen, et que vous recevrez sans doute prochainement.

- C'est une faveur que je n'osais espérer, et je croyais n'avoir parlé de mon désir qu'à vous seul. Au
surplus, on diminue le poids de mes fers à mesure que celui de mes années s'accroît, et, quand les

infirmités m'auront rendu impotent, on me dira sans doute: Vous êtes libre. À ces mots le vieillard sourit

amèrement; il continua:

- Et vous, jeune homme, avez-vous toujours vos folles idées d'indépendance?

- Si je n'avais point ces folles idées, je ne serais pas ici.

- Comment êtes-vous venu à Drontheim?

- Eh bien! à cheval.

- Comment êtes-vous venu à Munckholm?

- Sur une barque.

- Pauvre insensé! qui crois être libre, et qui passes d'un cheval dans une barque. Ce ne sont point tes
membres qui exécutent tes volontés; c'est un animal, c'est la matière; et tu appelles cela des volontés!

- Je force des êtres à m'obéir.

- Prendre sur certains êtres le droit d'en être obéi, c'est donner à d'autres celui de vous commander.
L'indépendance n'est que dans l'isolement.

- Vous n'aimez pas les hommes, noble comte?

Le vieillard se mit à rire tristement. - Je pleure d'être homme, et je ris de celui qui me console. - Vous le

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