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Victor Hugo - Han d'Islande

- Mort! mort! répétèrent les montagnards. Et les combattants des deux partis s'élancèrent les sabres nus,
et les deux colonnes se rencontrèrent presque sur le corps du malheureux officier, avec un horrible bruit

d'armes et de clameurs.

Les rangs enfoncés se mêlèrent. Chefs rebelles, officiers royaux, soldats, montagnards, tous, pêle-mêle,
se heurtèrent, se saisirent, s'étreignirent, comme deux troupeaux de tigres affamés qui se joignent dans un

désert. Les longues piques, les bayonnettes, les pertuisanes étaient devenues inutiles; les sabres et les

haches brillaient seuls au-dessus des têtes; et beaucoup de combattants, luttant corps à corps, ne

pouvaient même plus employer d'autres armes que le poignard ou les dents.

Une égale fureur, une pareille indignation animait les montagnards et les arquebusiers; le même cri
trahison! vengeance!
était vomi par toutes les bouches. La mêlée en était arrivée à ce point où la
férocité entre dans tous les coeurs, où l'on préfère à sa vie la mort d'un ennemi que l'on ne connaît pas, où

l'on marche avec indifférence sur des amas de blessés et de cadavres parmi lesquels le mourant se

réveille, pour combattre encore de sa morsure celui qui le foule aux pieds.

C'est dans ce moment qu'un petit homme, que plusieurs combattants, à travers les fumées et les vapeurs
du sang, prirent d'abord, à son vêtement de peaux de bêtes, pour un animal sauvage, se jeta au milieu du

carnage, avec d'horribles rires et des hurlements de joie. Nul ne savait d'où il venait, ni pour quel parti il

combattait, car sa hache de pierre ne choisissait pas ses victimes, et fendait également le crâne d'un

rebelle et le ventre d'un soldat. Il paraissait néanmoins massacrer plus volontiers les arquebusiers de

Munckholm. Tout s'écartait devant lui; il courait dans la mêlée comme un esprit; et sa hache sanglante

tournoyait sans cesse autour de lui, faisant jaillir de tous côtés des lambeaux de chair, des membres

rompus, des ossements fracassés. Il criait vengeance! comme tous les autres, et prononçait des

paroles bizarres, parmi lesquelles le nom de Gill revenait souvent. Ce formidable inconnu était dans le

carnage comme dans une fête.

Un montagnard sur lequel son regard meurtrier s'était arrêté vint tomber aux pieds du géant dans lequel
Kennybol avait placé tant d'espérances déçues, en criant:

- Han d'Islande, sauve-moi!

- Han d'Islande! répéta le petit homme.

Il s'avança vers le géant.

- Est-ce que tu es Han d'Islande? dit-il.

Le géant pour réponse leva sa hache de fer. Le petit homme recula, et le tranchant, dans sa chute,
s'enfonça dans le crâne même du malheureux qui implorait le secours du géant.

L'inconnu se mit à rire.

- Ho! ho! par Ingolfe! je croyais Han d'Islande plus adroit.

- C'est ainsi que Han d'Islande sauve qui l'implore! dit le géant.

- Tu as raison. Les deux formidables champions s'attaquèrent avec rage. La hache de fer et la hache de
pierre se rencontrèrent; elles se heurtèrent si violemment, que les deux tranchants volèrent en éclats avec

mille étincelles.

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