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Victor Hugo - Han d'Islande

donner en paiement de leur sang.

Avant que le colonel fût revenu de l'étonnement où l'avaient jeté les inexplicables paroles de cet être
mystérieux, il avait disparu.

Le baron Voethaün retourna lentement sur ses pas, en se demandant ce qu'on devait ajouter de foi aux
avis de cet homme. Au moment où il rentrait dans son hôtel, on lui remit une lettre scellée des armes du

grand-chancelier. C'était en effet un message du comte d'Ahlefeld, où le colonel retrouva, avec une

surprise facile à concevoir, le même avis et le même conseil que venait de lui donner aux portes de la

ville l'incompréhensible personnage au chapeau d'osier et aux gros gants.

XXXIX

Cent bannières flottaient sur les têtes des
braves, des ruisseaux de sang coulaient de toutes

parts, et la mort paraissait préférable à la

fuite. Un barde saxon aurait appelé cette nuit la

fête des épées; le cri des aigles fondant sur leur

proie, ce bruit de guerre, aurait été plus

flatteur à son oreille que les chants joyeux d'un

festin de noces.

WALTER SCOTT. Ivanhoë.

On n'entreprendra pas de décrire ici l'épouvantable confusion qui rompit les colonnes déjà désordonnées
des rebelles, quand le fatal défilé leur montra soudain toutes ses cimes hérissées, tous ses antres peuplés

d'ennemis inattendus. Il eût été difficile de distinguer si le long cri, formé de mille cris, qui s'échappa de

leurs rangs ainsi inopinément foudroyés, était un cri de désespoir, d'épouvante ou de rage. Le feu terrible

que vomissaient sur eux de toutes parts les pelotons démasqués des troupes royales s'accroissait de

moment en moment; et, avant qu'il fût parti de leurs lignes un autre coup de mousquet que le funeste

coup de Kennybol, ils ne voyaient déjà plus autour d'eux qu'un nuage étouffant de fumée embrasée à

travers lequel volait aveuglément la mort, où chacun d'eux, isolé, ne reconnaissait que soi-même, et

distinguait à peine de loin les arquebusiers, les dragons, les hulans, qui se montraient confusément au

front des rochers et sur la lisière des taillis, comme des diables dans une fournaise.

Toutes ces bandes, ainsi éparses dans une longueur d'environ un mille, sur un chemin étroit et tortueux,
bordé d'un côté d'un torrent profond, de l'autre d'une muraille de rochers, ce qui leur ôtait toute facilité de

se replier sur elles-mêmes, ressemblaient à ce serpent que l'on brise en le frappant sur le dos, lorsqu'il a

déroulé tous ses anneaux, et dont les tronçons vivants se roulent longtemps dans leur écume, cherchant

encore à se réunir.

Quand la première surprise fut passée, le même désespoir parut animer, comme une âme commune, tous
ces hommes naturellement farouches et intrépides. Furieux de se voir ainsi écraser sans défense, cette

foule de brigands poussa une clameur comme un seul corps, une clameur qui couvrit un moment tout le

bruit des ennemis triomphants; et quand ceux-ci les virent sans chefs, sans ordre, presque sans armes,

gravir, sous un feu terrible, des rochers à pic, s'attacher des dents et des poings à des ronces au-dessus des

précipices, en agitant des marteaux et des fourches de fer, ces soldats si bien armés, si bien rangés, si

sûrement postés, et qui n'avaient pas encore perdu un seul des leurs, ne purent se défendre d'un

mouvement d'effroi involontaire.

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