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Victor Hugo - Han d'Islande

Le petit homme marcha devant lui, et dès qu'ils furent hors de la ville il s'arrêta: - Colonel, as-tu bonne
envie d'exterminer d'un seul coup tous les révoltés?

Le colonel se prit à rire:

- Mais ce ne serait point mal commencer la campagne.

- Eh bien! fais placer dès aujourd'hui en embuscade tous tes soldats dans les gorges du Pilier-Noir, à deux
milles de cette ville; les bandes y camperont cette nuit. Au premier feu que tu verras briller, fonds sur eux

avec les tiens. La victoire sera aisée.

- Brave homme, l'avis est bon, et je vous en remercie. Mais comment savez-vous ce que vous me dites?

- Si tu me connaissais, colonel, tu me demanderais plutôt comment il se pourrait faire que je ne le susse
point.

- Qui donc êtes-vous?

L'homme frappa du pied.

- Je ne suis point venu ici pour te dire cela.

- Ne craignez rien. Qui que vous soyez, le service que vous rendez sera votre sauvegarde. Peut-être
étiez-vous du nombre des rebelles?

- J'ai refusé d'en être.

- Alors pourquoi taire votre nom, puisque vous êtes un fidèle sujet du roi?

- Que t'importe?

Le colonel voulut tirer encore quelques éclaircissements de ce singulier donneur d'avis.

- Dites-moi, est-il vrai que les brigands soient commandés par le fameux Han d'Islande?

- Han d'Islande! répéta le petit homme avec une inflexion de voix extraordinaire.

Le baron recommença sa question. Un éclat de rire, qui eût pu passer pour un rugissement, fut toute la
réponse qu'il put obtenir. Il essaya plusieurs autres questions sur le nombre et les chefs des mineurs; le

petit homme lui ferma la bouche.

- Colonel des arquebusiers de Munckholm, je t'ai dit tout ce que j'avais à te dire. Embusque-toi dès
aujourd'hui dans le défilé du Pilier-Noir avec ton régiment entier, et tu pourras écraser tout ce troupeau

d'hommes.

- Vous ne voulez pas me dévoiler qui vous êtes; ainsi vous vous privez de la reconnaissance du roi; mais
il n'en est pas moins juste que le baron Voethaün vous témoigne sa gratitude du service que vous lui

rendez.

Le colonel jeta sa bourse aux pieds du petit homme.

- Garde ton or, colonel, dit celui-ci. Je n'en ai pas besoin; et, ajouta-t-il, en montrant un gros sac suspendu
à sa ceinture de corde, s'il te fallait un salaire pour tuer ces hommes, j'aurais encore, colonel, de l'or à te

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