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Victor Hugo - Han d'Islande

- Mon général, nous sommes venus en droite ligne de Berghen. Mon maître était triste.

- Triste? que s'est-il donc passé entre lui et son père? Ce mariage lui déplaît-il?

- Je l'ignore. Mais on dit que sa sérénité l'exige.

- L'exige! vous dites, Poël, que le vice-roi l'exige! Mais pour qu'il l'exige, il faut qu'Ordener s'y refuse.

- Je l'ignore, excellence. Il paraît triste.

- Triste! savez-vous comment son père l'a reçu?

- La première fois, c'était dans le camp, près Berghen. Sa sérénité a dit: Je ne vous vois pas souvent, mon
fils. - Tant mieux pour moi, mon seigneur et père, a répondu mon maître, si vous vous en apercevez. Puis

il a donné à sa sérénité des détails sur ses courses du Nord; et sa sérénité a dit: C'est bien. Le lendemain,

mon maître est revenu du palais, et a dit: On veut me marier; mais il faut que je voie mon second père, le

général Levin. - J'ai sellé les chevaux, et nous voilà.

- Vrai, mon bon Poël, dit le général d'une voix altérée, il m'a appelé son second père?

- Oui, votre excellence.

- Malheur à moi si ce mariage le contrarie, car j'encourrai plutôt la disgrâce du roi que de m'y prêter.
Mais cependant, la fille du grand-chancelier des deux royaumes!... À propos, Poël, Ordener sait-il que sa

future belle-mère, la comtesse d'Ahlefeld, est ici incognito depuis hier, et que le comte y est attendu?

- Je l'ignore, mon général.

- Oh! se dit le vieux gouverneur, oui, il le sait, car pourquoi aurait-il battu en retraite dès son arrivée?

Ici le général, après avoir fait un signe de bienveillance à Poël, et salué la sentinelle qui lui présentait les
armes, rentra inquiet dans l'hôtel d'où il venait de sortir inquiet.

V

On eût dit que toutes les passions avaient agité
son coeur, et que toutes l'avaient abandonné; il

ne lui restait rien que le coup d'oeil triste et

perçant d'un homme consommé dans la connaissance

des hommes, et qui voyait, d'un regard, où tendait

chaque chose.

SCHILLER, les Visions.

Quand, après avoir fait parcourir à l'étranger les escaliers en spirale et les hautes salles du donjon du Lion
de Slesvig, l'huissier lui ouvrit enfin la porte de l'appartement où se trouvait celui qu'il cherchait, la

première parole qui frappa les oreilles du jeune homme fut encore celle-ci: - Est-ce enfin le capitaine

Dispolsen?

Celui qui faisait cette question était un vieillard assis le dos tourné à la porte, les coudes appuyés sur une
table de travail et le front appuyé sur ses mains. Il était revêtu d'une simarre de laine noire, et l'on

apercevait, au-dessus d'un lit placé à une extrémité de la chambre, un écusson brisé autour duquel étaient

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