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Victor Hugo - Han d'Islande

Et ils marchent vers Arlançon, aussi vite que
peuvent aller les boeufs qui traînent le chariot;

ils ne s'arrêtent pas plus que le soleil.

Burgos reste désert; seulement les femmes et les
enfants y sont demeurés; il en est ainsi dans les

environs.

Ils vont causant ensemble du cheval et du faucon,
et se demandant s'il faut affranchir la Castille

du tribut qu'elle paie à Léon.

Et avant d'entrer dans la Navarre, ils rencontrent
sur la frontière... -

Romances espagnoles.

Pendant que la conversation qu'on vient de lire avait lieu dans une des forêts qui avoisinent le Smiasen,
les révoltés, divisés en trois colonnes, sortirent de la mine de plomb d'Apsyl-Corh, par l'entrée principale,

qui s'ouvre de plain-pied sur un ravin profond. Ordener, qui, malgré son désir de se rapprocher de

Kennybol, avait été rangé dans la bande de Norbith, ne vit d'abord qu'une longue procession de torches,

dont les feux, luttant avec les premières lueurs du jour, se réfléchissaient sur des haches, des fourches,

des pioches, des massues armées de pointes de fer, d'énormes marteaux, des pics, des leviers et toutes les

armes grossières que la révolte peut emprunter au travail, mêlées à d'autres armes régulières, qui

annonçaient que cette révolte était une conspiration, des mousquets, des piques, des sabres, des carabines

et des arquebuses. Quand le soleil eut paru, et que la lumière des torches ne fut plus que de la fumée, il

put mieux observer l'aspect de cette singulière armée, qui s'avançait en désordre, avec des chants rauques

et des cris sauvages, pareille à un troupeau de loups affamés qui vont à la conquête d'un cadavre. Elle

était partagée en trois divisions, ou plutôt en trois foules. D'abord marchaient les montagnards de Kole,

commandés par Kennybol, auquel ils ressemblaient tous par leur costume de peaux de bêtes, et presque

par leur mine farouche et hardie. Puis venaient les jeunes mineurs de Norbith et les vieux de Jonas, avec

leurs grands feutres, leurs larges pantalons, leurs bras entièrement nus et leurs visages noirs, qui

tournaient vers le soleil des yeux stupides. Au-dessus de ces bandes tumultueuses flottaient pêle-mêle des

bannières couleur de feu, sur lesquelles on lisait différentes devises, telles que: Vive Schumacker! -

Délivrons notre libérateur! - Liberté aux mineurs! Liberté au comte de Griffenfeld! - Mort à Guldenlew! -

Mort aux oppresseurs! Mort à d'Ahlefeld! - Les rebelles paraissaient plutôt considérer ces enseignes

comme des fardeaux que comme des ornements, et elles passaient de main en main quand les

porte-étendards étaient fatigués ou voulaient mêler le son discordant de leur trompe aux psalmodies et

aux vociférations de leurs camarades.

L'arrière-garde de cette étrange armée se composait de dix chariots traînés par des rennes et de grands
ânes, destinés sans doute à porter les munitions; et l'avant-garde, du géant amené par Hacket, qui

marchait seul, armé d'une massue et d'une hache, et bien loin duquel venaient, avec une sorte de terreur,

les premiers rangs commandés par Kennybol, qui ne le quittait pas des yeux, comme pour pouvoir suivre

son chef diabolique dans les diverses transfigurations qu'il lui plairait de subir.

Ce torrent de rebelles descendait ainsi avec une rumeur confuse et en remplissant les bois de pins du bruit
de la trompe des montagnes du Drontheimhus septentrional. Il fut bientôt grossi par les diverses bandes

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