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Victor Hugo - Han d'Islande
Ordener vit qu'il fallait mourir. Il mit la main dans sa poitrine, afin d'en tirer les cheveux de son Éthel et de leur donner un dernier baiser. Ce mouvement fit tomber un papier de sa ceinture.
- Quel est ce papier? dit Hacket; Norbith, prenez ce papier.
Ce Norbith était un jeune homme dont les traits noirs et durs avaient une expression de noblesse. Il ramassa le papier et le déploya.
- Grand Dieu! s'écria-t-il, c'est la passe de mon pauvre ami Christophorus Nedlam, de ce malheureux camarade qu'ils ont exécuté, il n'y a pas huit jours, sur la place publique de Skongen, pour fausse monnaie.
- Eh bien! dit Hacket avec l'accent d'une attente trompée, gardez ce chiffon de papier. Je le croyais plus important. Vous, mon cher Han d'Islande, expédiez votre homme.
Le jeune Norbith se plaça devant Ordener, et s'écria:
- Cet homme est sous ma protection. Ma tête tombera avant qu'il tombe un cheveu de la sienne. Je ne souffrirai pas que le sauf-conduit de mon ami Christophorus Nedlam soit violé.
Ordener, si miraculeusement protégé, baissa la tête et s'humilia; car il se rappelait combien il avait dédaigneusement accueilli en lui-même le voeu touchant de l'aumônier Athanase Munder: - Puisse le don du mourant être un bienfait pour le voyageur!
- Bah! bah! dit Hacket, vous dites là des folies, mon brave Norbith. Cet homme est un espion; il faut qu'il meure.
- Donnez-moi ma hache, répéta le géant.
- Il ne mourra pas! cria Norbith. Que dirait l'esprit de mon pauvre Nedlam, qu'ils ont indignement pendu? Je vous assure qu'il ne mourra pas; car Nedlam ne veut pas qu'il meure.
- En effet, dit le vieux Jonas, Norbith a raison. Comment voulez-vous qu'on tue cet étranger, seigneur Hacket? il a la passe de Christophorus Nedlam.
- Mais c'est un espion, c'est un espion, reprit Hacket.
Le vieillard se plaça près du jeune homme, devant Ordener, et tous deux dirent gravement:
- Il a la passe de Christophorus Nedlam, qui a été pendu à Skongen.
Hacket vit qu'il fallait céder; car tous les autres commençaient à murmurer, en disant que cet étranger ne pouvait mourir, puisqu'il portait le sauf-conduit de Nedlam le faux-monnayeur.
- Allons, dit-il entre ses dents avec une rage concentrée, qu'il vive donc. Au reste, c'est votre affaire.
- Ce serait le diable que je ne le tuerais point, dit Norbith triomphant.
En parlant ainsi, il se tourna vers Ordener.
- Écoute, poursuivit-il, tu dois être un bon frère, puisque tu as la passe de Nedlam, mon pauvre ami. Nous sommes les mineurs royaux. Nous nous révoltons pour qu'on nous délivre de la tutelle. Le seigneur Hacket, que tu vois, dit que nous prenons les armes pouf un certain comte Schumacker; mais moi je ne le
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