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Victor Hugo - Han d'Islande

- Non; je t'ai dit que non, répéta le brigand.

Le noble jeune homme baissa son sabre.

- Eh bien! dit-il, dégage ta hache des plis de mon manteau, afin que nous puissions continuer.

Un rire dédaigneux fut la réponse du monstre.

- Enfant, tu fais le généreux, comme si j'en avais besoin!

Avant qu'Ordener surpris eût pu tourner la tête, il avait posé son pied sur l'épaule de son loyal vainqueur,
et d'un bond il était à douze pas dans la salle.

D'un autre bond il était sur Ordener. Il s'était suspendu à lui tout entier, comme la panthère s'attache de la
gueule et des griffes aux flancs du grand lion. Ses ongles s'enfonçaient dans les épaules du jeune homme;

ses genoux noueux pressaient ses hanches, tandis que son affreux visage présentait aux yeux d'Ordener

une bouche sanglante et des dents de bête fauve prêtes à le déchirer. Il ne parlait plus; aucune parole

humaine ne s'échappait de son gosier pantelant; un mugissement sourd, entremêlé de cris rauques et

ardents, exprimait seul sa rage. C'était quelque chose de plus hideux qu'une bête féroce, de plus

monstrueux qu'un démon; c'était un homme auquel il ne restait rien d'humain.

Ordener avait chancelé sous l'assaut du petit homme, et serait tombé à ce choc inattendu, si l'un des
larges piliers du monument druidique ne se fût trouvé derrière lui pour le soutenir. Il resta donc à demi

renversé sur le dos, et haletant sous le poids de son formidable ennemi. Qu'on pense que tout ce que nous

venons de décrire s'était passé en aussi peu de temps qu'il faut pour se le figurer, et l'on aura quelque idée

de ce que présentait d'horrible ce moment de la lutte.

Nous l'avons dit, le noble jeune homme avait chancelé, mais il n'avait pas tremblé. Il se hâta de donner
une pensée d'adieu à son Éthel. Cette pensée d'amour fut comme une prière; elle lui rendit des forces. Il

enlaça le monstre de ses deux bras; puis, saisissant la lame de son sabre par le milieu, il lui appuya

perpendiculairement la pointe sur l'épine du dos. Le brigand atteint poussa une clameur effrayante, et

d'un soubresaut, qui ébranla Ordener, il se dégagea des bras de son intrépide adversaire et alla tomber à

quelques pas en arrière, emportant dans ses dents un lambeau du manteau vert qu'il avait mordu dans sa

fureur.

Il se releva, souple et agile comme un jeune chamois, et le combat recommença pour la troisième fois,
d'une manière plus terrible encore. Le hasard avait jeté près du lieu où il se trouvait un amas de quartiers

de rochers, entre lesquels les mousses et les ronces croissaient paisiblement depuis des siècles. Deux

hommes de force ordinaire auraient à peine pu soulever la moindre de ces masses. Le brigand en saisit

une de ses deux bras et l'éleva au-dessus de sa tête en la balançant vers Ordener. Son regard fut affreux

dans ce moment. La pierre, lancée avec violence, traversa lourdement l'espace; le jeune homme n'eut que

le temps de se détourner. Le quartier de granit s'était brisé en éclats au pied du mur souterrain avec un

bruit épouvantable, que se renvoyèrent longtemps les échos profonds de la grotte.

Ordener étourdi avait à peine eu le temps de reprendre son sang-froid, qu'une seconde masse de pierre se
balançait dans les mains du brigand. Irrité de se voir ainsi lapider lâchement, il s'élança vers le petit

homme, le sabre haut, afin de changer de combat; mais le bloc formidable, parti comme un tonnerre,

rencontra, en roulant dans l'atmosphère épaisse et sombre de la caverne, la lame frêle et nue sur son

passage; elle tomba en éclats comme un morceau de verre, et le rire farouche du monstre remplit la

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