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Victor Hugo - Han d'Islande

ou pour le débris d'une arcade colossale. - Cette tourelle et cette arcade écroulée étaient connues des
paysans sous le nom de ruines d'Arbar. On ne savait pas plus l'origine du nom que l'origine du

monument.

C'est sur une pierre située au milieu de cette salle elliptique, qu'un petit homme, vêtu de peaux de bêtes,
et que nous avons déjà eu occasion de rencontrer plusieurs fois dans le cours de cet ouvrage, est assis. Il

tourne le dos au jour, ou plutôt au vague crépuscule qui pénètre dans la sombre tourelle pendant le soleil

éclatant de midi. Cette lueur, la plus forte qui puisse éclairer naturellement l'intérieur de la tourelle, ne

suffit pas pour qu'on puisse distinguer de quelle nature est l'objet vers lequel le petit homme se tient

courbé. On entend quelques gémissements sourds, et l'on pourrait juger qu'ils partent de ce corps, aux

mouvements faibles qu'il semble faire de tout temps. Quelquefois le petit homme se redresse, et il porte à

ses lèvres une sorte de coupe, dont la forme paraît être celle d'un crâne humain, pleine d'une liqueur

fumante dont on ne peut voir la couleur, et qu'il savoure à longs traits.

Tout à coup il se lève brusquement.

- On marche dans la galerie, je crois; est-ce déjà le chancelier des deux royaumes?

Ces paroles sont suivies d'un éclat de rire horrible, qui se termine en rugissement sauvage, auquel répond
soudain un hurlement parti de la galerie.

- Oh! oh! reprend l'hôte de la ruine d'Arbar, ce n'est pas un homme; mais c'est toujours un ennemi; c'est
un loup.

En effet, un grand loup sort subitement de dessous la voûte de la galerie, s'arrête un moment, puis
s'approche obliquement vers l'homme, le ventre à terre et fixant sur lui des yeux ardents qui étincellent

dans l'ombre. Celui-ci, toujours debout et les bras croisés, le regarde.

- Ah! c'est le vieux loup au poil gris! le plus vieux loup des forêts du Smiasen. - Bonjour, loup; tes yeux
brillent; tu es affamé, et l'odeur des cadavres t'attire. - Tu attireras aussi bientôt les loups affamés.

- Sois le bienvenu, loup de Smiasen; j'ai toujours eu envie de te rencontrer. Tu es si vieux qu'on dit que tu
ne peux mourir. - On ne le dira plus demain.

L'animal répondit par un hurlement affreux, fit un soubresaut en arrière et s'élança d'un bond sur le petit
homme.

Celui-ci ne recula point d'un pas. Aussi prompt que l'éclair, de son bras droit il étreignit le ventre du loup,
qui, debout en face de lui, avait jeté ses deux pattes de devant sur ses épaules; de la main gauche, il

garantit son visage de la gueule béante de son ennemi, en lui saisissant le gosier avec une telle force, que

l'animal, contraint de lever la tête, put à peine articuler un cri de douleur.

- Loup de Smiasen, dit l'homme triomphant, tu déchires ma casaque, mais ta peau la remplacera.

Au moment où il mêlait à ces paroles de victoire quelques paroles d'un jargon bizarre, un effort convulsif
du loup à l'agonie le fit trébucher contre les pierres qui parsemaient la salle. Ils tombèrent tous deux, et

les rugissements de l'homme se confondirent avec les hurlements de la bête.

Obligé dans sa chute de lâcher le gosier du loup, le petit homme sentait déjà les dents tranchantes
s'enfoncer dans son épaule, quand, en se roulant l'un sur l'autre, les deux combattants heurtèrent une

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