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Victor Hugo - Han d'Islande

- N'a-t-il donc pas promis qu'il reviendrait? dit brusquement le prisonnier.

- Oui, sans doute, seigneur! reprit Éthel empressée.

- Eh bien! comment pouvez-vous compter sur son retour? n'est-ce pas un homme? Je crois que le vautour
pourra retourner au cadavre, mais je ne crois pas au retour du printemps dans l'année qui décline.

Éthel, voyant son père retomber dans ses mélancolies, se rassura; il y avait dans son coeur de vierge et
d'enfant une voix qui démentait impérieusement la philosophie chagrine du vieillard.

- Mon père, dit-elle avec fermeté, le seigneur Ordener reviendra; ce n'est pas un homme comme les
autres hommes.

- Qu'en savez-vous, jeune fille?

- Ce que vous en savez vous-même, mon seigneur et père.

- Je ne sais rien, dit le vieillard. J'ai entendu des paroles d'un homme qui annonçaient des actions d'un
dieu.

Puis il ajouta, avec un rire amer:

- J'ai réfléchi sur cela, et j'ai vu que c'était trop beau pour y croire.

- Et moi, seigneur, j'y ai cru, précisément parce que c'était beau.

- Oh! jeune fille, si vous étiez ce que vous deviez être, comtesse de Tongsberg et princesse de Wollin,
entourée, comme vous le seriez, d'une cour de beaux traîtres et d'adorateurs intéressés, cette crédulité

serait d'un grand danger pour vous.

- Mon père et seigneur, ce n'est pas crédulité, c'est confiance.

- On s'aperçoit aisément, Éthel, qu'il y a du sang français dans vos veines.

Cette idée ramena le vieillard, par une transition imperceptible, à des souvenirs, et il continua avec une
sorte de complaisance:

- Car ceux qui ont dégradé votre père plus qu'il n'avait été élevé, ne pourront empêcher que vous ne
soyez fille de Charlotte, princesse de Tarente, et que l'une de vos aïeules ne soit Adèle ou Édèle,

comtesse de Flandre, dont vous portez le nom.

Éthel pensait à toute autre chose.

- Mon père, vous jugez mal le noble Ordener.

- Noble, ma fille! quel sens donnez-vous à ce mot? J'ai fait des nobles qui ont été bien vils.

- Je ne veux point dire, seigneur, qu'il soit noble de la noblesse qui se donne.

- Est-ce donc que vous savez qu'il descend d'un jarl ou d'un hersa? [Note: Les anciens
seigneurs en Norvège, avant que Griffenfeld fondât une noblesse régulière, portaient les titres de

hersa
(baron), ou jarl (comte). C'est de ce dernier mot qu'est formé le mot anglais earl
(comte).]

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