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Victor Hugo - Han d'Islande

géographique a été le motif de ce fatigant voyage au château de Vermund. Mais daignez réfléchir, noble
seigneur Ordener, que le devoir d'un savant zélé peut être quelquefois de braver la fatigue, mais jamais le

danger. Je vous en supplie, ne tentez pas cette méchante ruine d'escalier sur laquelle un corbeau n'oserait

se percher.

Benignus ne se souciait nullement de rester seul dans le bas de la tour. Comme il se levait pour prendre la
main d'Ordener, son havre-sac, placé sur les pointes de ses genoux, tomba dans les pierres et rendit un

son clair.

- Qu'est-ce donc qui résonne ainsi dans ce havre-sac? demanda Ordener.

Cette question sur un point si délicat pour Spiagudry, lui ôta l'envie de retenir son jeune compagnon.

- Allons, dit-il sans répondre à la question, puisque, malgré mes prières, vous vous obstinez à monter au
haut de cette tour, prenez garde aux crevasses de l'escalier.

- Mais, reprit Ordener, qu'y a-t-il donc dans votre havre-sac, pour lui faire rendre, ce son métallique?

Cette insistance indiscrète déplut souverainement au vieux gardien qui maudit le questionneur du fond de
l'âme.

- Eh! noble maître, répondit-il, comment pouvez-vous vous occuper d'un méchant plat à barbe de fer, qui
retentit contre un caillou? - Puisque je ne puis vous fléchir, se hâta-t-il d'ajouter, ne tardez pas à

redescendre, et ayez soin de vous tenir aux lierres qui tapissent la muraille. Vous verrez le fanal de

Munckholm entre les deux Escabelles de Frigge, au midi.

Spiagudry n'aurait rien pu dire de plus adroit pour bannir toute autre idée de l'esprit du jeune homme.
Ordener, se débarrassant de son manteau, s'élança vers l'escalier, sur lequel le concierge le suivit des

yeux, jusqu'à ce qu'il ne le vît plus que glisser, comme une ombre vague, au plus haut de la muraille, à

peine éclairée à son sommet par la lueur agitée du foyer et le reflet immobile de la lune.

Alors, se rasseyant et ramassant son havre-sac:

- Mon cher Benignus Spiagudry, dit-il, pendant que ce jeune lynx ne vous voit pas et que vous êtes seul,
hâtez-vous de briser l'incommode enveloppe de fer qui vous empêche de prendre possession, oculis et

manu
, du trésor renfermé sans doute dans cette cassette. Quand il sera délivré de cette prison, il sera
moins lourd à porter et plus aisé à cacher.

Déjà, armé d'une grosse pierre, il s'apprêtait à briser le couvercle du coffre, quand un rayon de lumière
tombant sur le sceau de fer qui le fermait, arrêta tout à coup le concierge antiquaire.

- Par saint Willebrod le Numismate, je ne me trompe pas, s'écriait-il en frottant vivement le couvercle
rouillé, ce sont bien là les armes de Griffenfeld. J'allais faire une grande folie de rompre ce sceau. Voilà

peut-être le seul modèle qui reste de ces armoiries fameuses, brisées en 1676 par la main du bourreau.

Diable! ne touchons pas à ce couvercle. Quelle que soit la valeur des objets qu'il cache, à moins que,

contre toute probabilité, ce ne soient des monnaies de Palmyre ou des médailles carthaginoises, il est

certainement plus précieux encore. Me voici donc seul propriétaire des armes maintenant abolies de

Griffenfeld! Cachons soigneusement ce trésor. - Aussi bien je trouverai peut-être quelque secret pour

ouvrir la cassette, sans commettre de vandalisme. Les armoiries de Griffenfeld! Oh oui! voilà bien la

main de justice, la balance sur champ de gueules. Quel bonheur!

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