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Victor Hugo - Han d'Islande

joue d'un air distrait avec la décoration de l'éléphant, suspendue à son cou par le collier de l'ordre. De
temps en temps il ouvre la bouche pour parler, puis s'arrête et se frotte le front, et jette un nouveau coup

d'oeil sur les dépêches décachetées qui couvrent la table.

- Comment diable!.... s'écrie-t-il enfin.

Cette exclamation concluante est suivie d'un instant de silence.

- Qui se serait jamais figuré, reprend-il, que ces démons de mineurs en viendraient là? Il faut
nécessairement que de secrètes instigations les aient poussés à cette révolte. - Mais, savez-vous,

Wapherney, que la chose est sérieuse? Savez-vous que cinq à six cents coquins des îles Fa-roër,

commandés par un certain vieux bandit nommé Jonas, ont déjà déserté leurs mines? qu'un jeune

fanatique, appelé Norbith, s'est également mis à la tête des mécontents de Guldbranshal? qu'à

Sund-Moër, à Hubfallo, à Kongsberg, ces mauvaises têtes, qui n'attendaient qu'un signal, sont déjà

peut-être soulevées? Savez-vous que les montagnards s'en mêlent, et qu'un des plus hardis renards de

Kole, le vieux Kennybol, les commande? Savez-vous enfin que, d'après un bruit général dans le nord du

Drontheimhus, s'il faut en croire les syndics qui m'écrivent, ce fameux scélérat dont nous avons fait

mettre la tête à prix, le formidable Han, dirige en chef l'insurrection? Que direz-vous de tout cela, mon

cher Wapherney? hem!

- Votre excellence, dit Wapherney, sait quelles mesures....

- Il y a encore dans cette déplorable affaire une circonstance que je ne puis m'expliquer; c'est que notre
prisonnier Schumacker soit, comme on le prétend, l'auteur de la révolte. C'est ce qui semble n'étonner

personne, et c'est enfin ce qui m'étonne le plus. Il me paraît difficile qu'un homme près duquel se plaisait

mon loyal Ordener soit un traître. Cependant, les mineurs, assure-t-on, se lèvent en son nom; son nom est

leur mot d'ordre, leur cri de ralliement; ils lui donnent même les titres dont le roi l'a privé. - Tout cela

semble certain. - Mais comment se fait-il que la comtesse d'Ahlefeld connût déjà tous ces détails il y a six

jours, au moment où les premiers symptômes réels de l'insurrection se manifestaient à peine dans les

mines? - Cela est étrange. - N'importe, il faut pourvoir à tout. Donnez-moi mon sceau, Wapherney.

Le général écrivit trois lettres, les scella et les remit au secrétaire.

- Faites tenir ces messages au baron Voethaün, colonel des arquebusiers, actuellement en garnison à
Munckholm, afin que son régiment marche en hâte aux révoltés. - Voici, pour le commandant de

Munckholm, un ordre de veiller plus soigneusement que jamais sur l'ex-grand-chancelier. Il faudra que je

voie et que j'interroge moi-même ce Schumacker. - Enfin, envoyez cette lettre à Skongen, au major

Wolhm, qui y commande, afin qu'il dirige une partie de la garnison vers le foyer de l'insurrection. -

Allez, Wapherney, et qu'on exécute promptement ces ordres.

Le secrétaire sortit, laissant le gouverneur plongé dans ses réflexions.

- Tout cela est fort inquiétant, pensait-il. Ces mineurs révoltés là-bas, cette intrigante chancelière ici, ce
fou d'Ordener... on ne sait où! - Peut-être il voyage au milieu de tous ces bandits, laissant ici sous ma

protection ce Schumacker, qui conspire contre l'état, et sa fille, pour la sûreté de laquelle j'ai eu la bonté

d'éloigner la compagnie où se trouve ce Frédéric d'Ahlefeld, qu'Ordener accuse. - Eh mais, il me semble

que cette compagnie pourra bien arrêter les premières colonnes des insurgés; elle est bien placée pour

cela. Walhstrom, où elle tient garnison, est près du lac de Smiasen et de la ruine d'Arbar. C'est un des

points que la révolte gagnera nécessairement.

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