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Théophile Gautier - Mademoiselle de Maupin

C'est une charmante société qui s'agite et se promène à travers ces comédies et ces imbroglios. - Tuteurs
dupés, maris cocus, suivantes libertines, valets aigrefins, demoiselles folles d'amour, fils débauchés,

femmes adultères; cela ne vaut-il pas bien les jeunes beaux mélancoliques et les pauvres faibles femmes

opprimées et passionnées des drames et des romans de nos faiseurs en vogue?

Et tout cela, moins le coup de dague final, moins la tasse de poison obligée: les dénouements sont aussi
heureux que les dénouements des contes de fées, et tout le monde, jusqu'au mari, est on ne peut plus

satisfait. Dans Molière, la vertu est toujours honnie et rossée; c'est elle qui porte les cornes, et tend le dos

à Mascarille; à peine si la moralité apparaît une fois à la fin de la pièce sous la personnification un peu

bourgeoise de l'exempt Loyal.

Tout ce que nous venons de dire ici n'est pas pour écorner le piédestal de Molière; nous ne sommes pas
assez fou pour aller secouer ce colosse de bronze avec nos petits bras; nous voulions simplement

démontrer aux pieux feuilletonistes, qu'effarouchent les ouvrages nouveaux et romantiques, que les

classiques anciens, dont ils recommandent chaque jour la lecture et l'imitation, les surpassent de

beaucoup en gaillardise et en immoralité.

À Molière nous pourrions aisément joindre et Marivaux et La Fontaine, ces deux expressions si opposées
de l'esprit français, et Régnier, et Rabelais, et Marot, et bien d'autres. Mais notre intention n'est pas de

faire ici, à propos de morale, un cours de littérature à l'usage des vierges du feuilleton.

Il me semble que l'on ne devrait pas faire tant de tapage à propos de si peu. Nous ne sommes
heureusement plus au temps d'Ève la blonde, et nous ne pouvons, en bonne conscience, être aussi

primitifs et aussi patriarcaux que l'on était dans l'arche. Nous ne sommes pas des petites filles se

préparant à leur première communion; et, quand nous jouons au corbillon, nous ne répondons pas

tarte à la crème. Notre naïveté est assez passablement savante, et il y a longtemps que notre virginité

court la ville; ce sont là de ces choses que l'on n'a pas deux fois; et, quoi que nous fassions, nous ne

pouvons les rattraper, car il n'y a rien au monde qui coure plus vite qu'une virginité qui s'en va et qu'une

illusion qui s'envole.

Après tout, il n'y a peut-être pas grand mal, et la science de toutes choses est-elle préférable à l'ignorance
de toutes choses. C'est une question que je laisse à débattre à de plus savants que moi. Toujours est-il que

le monde a passé l'âge où l'on peut jouer la modestie et la pudeur, et je le crois trop vieux barbon pour

faire l'enfantin et le virginal sans se rendre ridicule.

Depuis son hymen avec la civilisation, la société a perdu le droit d'être ingénue et pudibonde. Il est de
certaines rougeurs qui sont encore de mise au coucher de la mariée, et qui ne peuvent plus servir le

lendemain; car la jeune femme ne se souvient peut-être plus de la jeune fille, ou, si elle s'en souvient,

c'est une chose très indécente, et qui compromet gravement la réputation du mari.

Quand je lis par hasard un de ces beaux sermons qui ont remplacé dans les feuilles publiques la critique
littéraire, il me prend quelquefois de grands remords et de grandes appréhensions, à moi qui ai sur la

conscience quelques menues gaudrioles un peu trop fortement épicées, comme un jeune homme qui a du

feu et de l'entrain peut en avoir à se reprocher.

À côté de ces Bossuets du Café de Paris, de ces Bourdaloues du balcon de l'Opéra, de ces Catons à tant la
ligne qui gourmandent le siècle d'une si belle façon, je me trouve en effet le plus épouvantable scélérat

qui ait jamais souillé la face de la terre; et pourtant, Dieu le sait, la nomenclature de mes péchés, tant

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