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Théophile Gautier - Mademoiselle de Maupin

luxorienne qui soit tombée dans une cervelle d'homme, en ce benoît dix-neuvième siècle où il en est
tombé tant et de si drôles.

La méthode pour rendre compte d'un livre est très expéditive et à la portée de toutes les intelligences:

«Si vous voulez lire ce livre, enfermez-vous soigneusement chez vous; ne le laissez pas traîner sur la
table. Si votre femme et votre fille venaient à l'ouvrir, elles seraient perdues. - Ce livre est dangereux, ce

livre conseille le vice. Il aurait peut- être eu un grand succès, au temps de Crébillon, dans les petites

maisons, aux soupers fins des duchesses; mais maintenant que les moeurs se sont épurées, maintenant

que la main du peuple a fait crouler l'édifice vermoulu de l'aristocratie, etc., etc., que... que... que... - il

faut, dans toute oeuvre, une idée, une idée... là, une idée morale et religieuse qui... une vue haute et

profonde répondant aux besoins de l'humanité; car il est déplorable que de jeunes écrivains sacrifient au

succès les choses les plus saintes, et usent un talent, estimable d'ailleurs, à des peintures lubriques qui

feraient rougir des capitaines de dragons (la virginité du capitaine de dragons est, après la découverte de

l'Amérique, la plus belle découverte que l'on ait faite depuis longtemps). - Le roman dont nous faisons la

critique rappelle Thérèse philosophe, Félicia, le Compère Mathieu, les Contes de Grécourt.» - Le

journaliste vertueux est d'une érudition immense en fait de romans orduriers; - je serais curieux de savoir

pourquoi.

Il est effrayant de songer qu'il y a, de par les journaux, beaucoup d'honnêtes industriels qui n'ont que ces
deux recettes pour subsister, eux et la nombreuse famille qu'ils emploient.

Apparemment que je suis le personnage le plus énormément immoral qu'il se puisse trouver en Europe et
ailleurs; car je ne vois rien de plus licencieux dans les romans et les comédies de maintenant que dans les

romans et les comédies d'autrefois, et je ne comprends guère pourquoi les oreilles de messieurs des

journaux sont devenues tout à coup si janséniquement chatouilleuses.

Je ne pense pas que le journaliste le plus innocent ose dire que Pigault-Lebrun, Crébillon fils, Louvet,
Voisenon, Marmontel et tous autres faiseurs de romans et de nouvelles ne dépassent en immoralité,

puisque immoralité il y a, les productions les plus échevelées et les plus dévergondées de MM. tels et

tels, que je ne nomme pas, par égard pour leur pudeur.

Il faudrait la plus insigne mauvaise foi pour n'en pas convenir.

Qu'on ne m'objecte pas que j'ai allégué ici des noms peu ou mal connus. Si je n'ai pas touché aux noms
éclatants et monumentaux, ce n'est pas qu'ils ne puissent appuyer mon assertion de leur grande autorité.

Les Romans et les Contes de Voltaire ne sont assurément pas, à la différence de mérite près, beaucoup
plus susceptibles d'être donnés en prix aux petites tartines des pensionnats que les Contes immoraux de

notre ami le lycanthrope, ou même que les Contes moraux du doucereux Marmontel.

Que voit-on dans les comédies du grand Molière? La sainte institution du mariage (style de catéchisme et
de journaliste) bafouée et tournée en ridicule à chaque scène.

Le mari est vieux et laid et cacochyme; il met sa perruque de travers; son habit n'est plus à la mode; il a
une canne à bec-de-corbin, le nez barbouillé de tabac, les jambes courtes, l'abdomen gros comme un

budget. - Il bredouille, et ne dit que des sottises; il en fait autant qu'il en dit; il ne voit rien, il n'entend

rien; on embrasse sa femme à sa barbe; il ne sait pas de quoi il est question: cela dure ainsi jusqu'à ce

qu'il soit bien et dûment constaté cocu à ses yeux et aux yeux de toute la salle on ne peut plus édifiée, et

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