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Théophile Gautier - Mademoiselle de Maupin

Moi, pendant ce temps-là, je passais machinalement mes doigts dans les longues boucles de ses cheveux
déroulés; je cherchais dans ma cervelle quelque honnête échappatoire pour me tirer d'embarras, et je n'en

trouvais point, car j'étais acculée dans mes derniers retranchements, et Rosette paraissait parfaitement

décidée à ne pas sortir de la chambre comme elle y était entrée. - Son habillement avait une désinvolture

formidable, et qui ne promettait rien de bon. Je n'avais moi-même qu'une robe de chambre ouverte et qui

eût fort mal défendu mon incognito, en sorte que j'étais on ne peut plus inquiète de l'issue de la bataille.

- Théodore, écoutez-moi, dit Rosette en se relevant et en rejetant ses cheveux des deux côtés de sa figure,
autant que je pus le discerner à la faible lueur que les étoiles et un croissant de lune très mince, qui

commençait à se lever, jetaient dans la chambre dont la croisée était restée ouverte; - la démarche que je

fais est étrange; - tout le monde me blâmerait de l'avoir faite. - Mais vous allez partir bientôt, et je vous

aime! Je ne puis vous laisser ainsi sans m'être expliquée avec vous. - Peut- être ne reviendrez-vous

jamais; peut-être est-ce la première et la dernière fois que je dois vous voir. - Qui sait où vous irez? Mais

où que vous alliez, vous emporterez mon âme et ma vie avec vous. - Si vous étiez resté, je n'en serais pas

venue à cette extrémité. Le bonheur de vous contempler, de vous entendre, de vivre à côté de vous m'eût

suffi: je n'eusse rien demandé de plus. J'aurais renfermé mon amour dans mon coeur; vous auriez cru

n'avoir en moi qu'une bonne et sincère amie; - mais cela ne peut pas être. Vous dites qu'il faut

absolument que vous partiez. - Cela vous ennuie, Théodore, de me voir ainsi attachée à vos pas comme

une ombre amoureuse qui ne peut que vous suivre et qui voudrait se fondre à votre corps; il doit vous

déplaire de retrouver toujours derrière vous des yeux suppliants et des mains tendues pour saisir le bord

de votre manteau.

Je le sais, mais je ne puis m'empêcher de le faire.

Au reste, vous ne pouvez pas vous en plaindre; c'est votre faute. - J'étais calme, tranquille, presque
heureuse avant de vous connaître. - Vous arrivez beau, jeune, souriant, pareil à Phoebus le dieu

charmant. - Vous avez pour moi les soins les plus empressés, les plus délicates attentions; jamais cavalier

ne fut plus spirituel et plus galant. Vos lèvres chaque minute laissaient tomber des roses et des rubis; -

tout devenait pour vous une occasion de madrigal, et vous savez détourner les phrases les plus

insignifiantes pour en faire d'adorables compliments. - Une femme qui vous aurait d'abord mortellement

haï aurait fini par vous aimer, et moi, je vous aimais dès l'instant où je vous avais vu. - -Pourquoi

paraissiez-vous donc surpris, ayant été si aimable, d'être tant aimé? N'est-ce pas une conséquence toute

naturelle? Je ne suis ni une folle, ni une évaporée, ni une petite fille romanesque qui s'éprend de la

première épée qu'elle voit. J'ai du monde, et je sais ce que c'est que la vie. Ce que je fais, toute femme,

même la plus vertueuse ou la plus prude, en eût fait autant. - Quelle idée et quelle intention aviez-vous?

celle de me plaire, j'imagine, car je n'en puis supposer d'autre. Comment se fait-il donc que vous avez; en

quelque sorte, l'air fâché d'y avoir si bien réussi? Ai-je fait, sans le vouloir, quelque chose qui vous ait

déplu? - Je vous en demande pardon. Est-ce que vous ne me trouvez plus belle, ou avez-vous découvert

en moi quelque défaut qui vous rebute? - Vous avez le droit d'être difficile en beauté, mais ou vous avez

menti étrangement, ou je suis belle aussi, moi! - Je suis jeune comme vous, et je vous aime; pourquoi

maintenant me dédaignez-vous? Vous vous empressiez tant autour de moi, vous souteniez mon bras avec

une sollicitude si constante, vous pressiez si tendrement la main que je vous abandonnais, vous leviez

vers moi des paupières si langoureuses: si vous ne m'aimiez pas, à quoi bon tout ce manège? Auriez-vous

eu par hasard cette cruauté d'allumer l'amour dans un coeur pour vous en faire ensuite un sujet de risée?

Ah! ce serait une horrible raillerie, une impiété et un sacrilège! ce ne pourrait être que l'amusement d'une

âme affreuse, et je ne puis croire cela de vous, tout inexplicable que soit votre conduite envers moi.

Quelle est donc la cause de ce revirement subit? Quant à moi, je n'y en vois point. - Quel mystère cache

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